Ce n'est pas un traité, ni une alliance militaire comparable à l'OTAN. Pourtant, depuis ces années, les rapprochements s'accélèrent. Israël, la Grèce et Chypre multiplient les exercices militaires conjoints, renforcent leur coopération en matière de renseignement, de défense aérienne, de cybersécurité et de sécurité maritime. Les trois pays partagent également des intérêts communs autour des ressources énergétiques de la Méditerranée orientale et de la protection de leurs zones économiques exclusives.
À cette base déjà solide viennent progressivement s'ajouter deux acteurs majeurs : l'Inde et les Émirats arabes unis. New Delhi apporte son poids militaire, naval et technologique, tandis qu'Abou Dhabi joue un rôle croissant grâce à sa puissance financière, ses investissements stratégiques et ses relations diplomatiques avec les différents partenaires de la région.
Cette vision a récemment été assumée publiquement par l'ancien directeur général du ministère israélien de la Défense, le général de réserve Amir Baram. Lors de la conférence d'Herzliya, il a appelé à la création d'un axe stratégique reliant l'Inde, les Émirats, Israël, la Grèce et Chypre afin de consolider un nouveau dispositif de sécurité régional face aux défis communs.
Derrière cette initiative se profile également la montée en puissance de la Turquie. Ces dernières années, Ankara a considérablement renforcé son industrie de défense, développé sa marine, multiplié les démonstrations de force en Méditerranée orientale et poursuit l'acquisition de nouveaux équipements militaires. Les tensions récurrentes avec la Grèce et Chypre, ainsi que les différends autour des frontières maritimes et de l'exploitation des ressources gazières, ont convaincu plusieurs capitales qu'une réponse collective devenait nécessaire.
Pour Israël, cet axe dépasse largement la seule question turque. Il permet de consolider les Accords d'Abraham, d'élargir ses partenariats stratégiques vers l'Asie, de sécuriser les routes commerciales reliant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Inde, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des itinéraires plus vulnérables.
Aucune alliance officielle n'a encore vu le jour. Mais l'accumulation des exercices militaires, des partenariats industriels, des investissements croisés et des déclarations de responsables israéliens montre qu'une nouvelle architecture régionale est en train d'émerger. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait profondément modifier l'équilibre des forces en Méditerranée orientale et compliquer davantage les ambitions géopolitiques d'Ankara.