L'idée est simple et pourtant révolutionnaire : envoyer des bénévoles vivant à Jérusalem dans les salons des familles juives de France pour leur parler d'alyah, répondre à leurs questions, dissiper leurs craintes. Pas de grande salle de conférence, pas de salon officiel de l'alyah — juste une rencontre intime, chez soi, autour d'un café.
Un premier voyage pilote très prometteur
La première édition s'est tenue à l'automne 2025, avant Roch Hachana. Six bénévoles ont fait le déplacement depuis Jérusalem pour rencontrer des familles à Paris, en région parisienne, à Strasbourg et à Nancy. Au total, 15 rencontres ont été organisées. "On était tous hyper émus et un peu anxieux parce qu'on ne savait pas comment ça allait se passer", confie Sylviane Baruck, responsable du projet chez Qualita.
Le bilan est sans appel : aucune plainte, aucune déception. "Il n'y a pas eu un seul cas où des personnes se sont plaintes de quoi que ce soit. Ils ont été très contents qu'on soit venus vers eux."
Jérusalem, une ville méconnue et mal-aimée
L'un des premiers obstacles à lever est celui des idées reçues sur Jérusalem. "Les familles pensent que c'est une ville trop religieuse, trop chère, sans travail", observe Yaël Zetoum, bénévole arrivée à Jérusalem il y a six ans. "Religieuse, oui, certes, mais ce n'est pas que ça. Il y a des universités, des cinémas, des théâtres, des musées magnifiques, une vie le soir, du travail. C'est une grande et belle ville."
Michel Klein, bénévole spécialiste du Bituah Leumi et de la retraite, installé à Jérusalem depuis 45 ans, a de son côté répondu à des dizaines de questions pratiques sur les droits des nouveaux immigrants. "À chaque rencontre, j'ai eu énormément de questions sur le Bituah Leumi. Et à chaque fois, ça a cartonné."
Les vraies craintes des familles
Derrière l'enthousiasme, les inquiétudes sont bien réelles. Trois sujets reviennent systématiquement : les enfants — "Est-ce qu'ils vont trouver leur place, apprendre la langue, s'épanouir ?" —, le travail — "On va lâcher notre emploi pour se retrouver dans un pays qu'on ne connaît pas" — et le logement, "beaucoup revenu" selon Michel Klein.
L'antisémitisme croissant en France transparaît aussi dans les témoignages. "Certaines familles vivaient en triangle : maison, travail, école. C'est triste d'entendre ça", témoigne Yaël. À Nancy, un jeune couple est venu avec son bébé et a expliqué que c'était précisément la naissance de leur fille qui avait tout changé : "Elle n'a pas d'avenir en France."
Pas une injonction à partir, mais une main tendue
Les bénévoles sont clairs sur leur mission : "On n'y va pas pour dire aux gens de faire leurs valises et de partir. L'idée, c'est de renseigner, de montrer que c'est possible pour celui qui veut." Sylviane insiste : "Il y a des familles qui ont envie mais qui ont peur, qui ont leurs habitudes. Tout arrêter et commencer quelque chose de nouveau, c'est dur. Ce n'est pas du tout un jugement."
Résultat concret : plusieurs familles rencontrées ont prévu de venir visiter Jérusalem en décembre. Et tous les bénévoles veulent repartir.
La suite dès novembre
Fort de ce succès, Tsion Basalon repart dès la semaine du 23 novembre. "Les salons sont pratiquement pleins et j'ai déjà pas mal de demandes", annonce Sylvie-Anne Barreau.