Le sommet de l'OTAN qui s'ouvrira le 7 juillet à Ankara intervient à un moment particulièrement délicat pour les relations entre Israël et la Turquie. Alors que la rhétorique turque contre Israël atteint un nouveau pic, le président américain Donald Trump s'apprête à se rendre dans la capitale turque avec, en poche, un geste hautement symbolique envers son hôte Recep Tayyip Erdoğan : la possible réouverture de la voie vers l'acquisition par la Turquie des avions de chasse furtifs F-35.
Donald Trump se rendra à Ankara, à l'invitation personnelle d'Erdoğan, et pourrait y annoncer une avancée majeure sur le dossier des avions F-35, un geste que la presse américaine a d'ores et déjà qualifié de « gros sac de cadeaux ». Interrogé la semaine dernière lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, sur l'éventualité d'apporter un tel présent à son homologue turc, Trump avait répondu sans détour : « Oui, je pense que oui. Je vais probablement faire quelque chose qui va lui faire très plaisir. »
La Turquie avait été exclue en 2019 du programme international de développement des F-35 après avoir acquis des systèmes de défense antimissile russes S-400, Washington craignant que leur présence sur le sol turc ne permette à Moscou de recueillir des données sur les capacités de l'avion furtif américain. Le vice-président JD Vance a récemment indiqué que l'administration examinait les moyens de renouer ce partenariat, tout en insistant sur la nécessité pour Ankara de se conformer au droit américain. Une opposition bipartisane significative persiste néanmoins au Congrès, où plusieurs élus soulignent que la loi (article 1245 du National Defense Authorization Act) interdit formellement la vente de tels équipements sensibles tant que la Turquie conservera les systèmes russes S-400 sur son territoire.
Parallèlement, le département d'État américain aurait déjà entamé des démarches, selon l'agence Associated Press, pour autoriser la vente à la Turquie de moteurs à réaction F110, destinés à l'avion de chasse turc développé localement, le KAAN, pour un montant supérieur à 700 millions de dollars, en cherchant à contourner l'opposition de certains élus du Congrès.
Ce possible geste envers Ankara illustre, selon plusieurs analystes américains, l'affinité personnelle particulière que Donald Trump entretient avec Recep Tayyip Erdoğan, au pouvoir depuis treize ans. « Sa relation avec Erdoğan, qui est plutôt forte, correspond à ce qui semble être son schéma de préférences », a résumé Philip Gordon, ancien conseiller à la sécurité nationale de l'ex-vice-présidente Kamala Harris, aujourd'hui à la Brookings Institution. Trump a qualifié à plusieurs reprises le président turc de « leader hors pair » et de « bon ami », déclarant récemment : « Je ne me serais pas déplacé pour la plupart des gens, mais il m'a appelé et m'a dit : “J'organise le sommet en Turquie, tu dois être là.” »
Cette proximité contraste fortement avec le ton employé par Trump envers plusieurs dirigeants européens ces dernières semaines, et intervient alors que le président américain menace régulièrement de réduire la présence militaire des États-Unis en Europe, une posture qui aurait pu fragiliser sa présence même au sommet, n'eût été l'intervention personnelle d'Erdoğan.