Le ministre de la Défense, Israël Katz, envisage de demander au président de l'État, Itshak Herzog, l'effacement du casier judiciaire d'Elor Azaria, condamné en 2017 pour homicide involontaire après avoir abattu un terroriste palestinien au sol et neutralisé à Hevron.
Le 24 mars 2016, à Hevron, le sergent Elor Azaria, alors soldat-médecin dans l'armée israélienne, tue par balle Abdel Fattah al-Sharif. Ce dernier, un terroriste palestinien de 21 ans, venait de poignarder un soldat israélien avant d'être neutralisé et blessé au sol par d'autres militaires. Environ onze minutes après cette neutralisation, Azaria s'approche du terroriste, allongé et immobile, et lui tire une balle dans la tête. La scène, filmée par un militant de l'ONG israélienne B'Tselem, se propage rapidement sur les réseaux sociaux et déclenche une onde de choc dans le pays.
Azaria affirme avoir agi par crainte que l'homme ne porte une ceinture explosive, une thèse rejetée par les juges militaires. En janvier 2017, à l'issue d'un procès qui a profondément clivé l'opinion publique israélienne entre ceux qui voyaient en lui un soldat héroïque et ceux qui dénonçaient une exécution sommaire, il est reconnu coupable d'homicide involontaire par le tribunal militaire de district. La présidente du collège de juges, la colonelle Maya Heller, avait notamment fondé sa décision sur le principe de « pureté des armes », doctrine centrale de l'éthique militaire israélienne.
Condamné en février 2017 à dix-huit mois de prison, Azaria voit sa peine réduite à quatorze mois par le chef d'état-major de l'époque, le général Gadi Eisenkot, invoquant des motifs de clémence. Il commence à purger sa peine le 9 août 2017 et sort de prison le 8 mai 2018, après neuf mois d'incarcération, bénéficiant d'une libération anticipée pour bonne conduite accordée par la commission de libération conditionnelle de l'armée.
Dès sa sortie de prison, plusieurs ministres du gouvernement, dont Israël Katz, alors ministre des Transports et du Renseignement, appellent déjà le président Reuven Rivlin à effacer son casier judiciaire pour lui permettre de se réintégrer dans la vie civile. Cette demande n'aboutira jamais.
Selon Me Eyal Besserglick, qui a dirigé l'équipe de défense d'Azaria en première instance et s'est exprimé récemment sur la chaîne Arutz Sheva, l'existence de ce casier judiciaire continue d'avoir des répercussions concrètes sur la vie de l'ancien soldat, aujourd'hui marié et père de deux jeunes enfants. L'avocat rappelle que l'homicide involontaire est une infraction grave, qui l'empêche notamment d'obtenir un visa pour les États-Unis, un pays qui avait d'ailleurs pris des sanctions à son encontre en 2017, et le prive de certains avantages réservés aux anciens combattants. Dans le monde professionnel, ce casier continue selon lui de le suivre « comme une tache ».
Selon plusieurs médias israéliens, le ministre de la Défense aurait, en début de semaine, demandé aux différents services de Tsahal de préparer en urgence un avis officiel afin de recommander au président Itshak Herzog l'effacement du casier judiciaire d'Azaria. Cette initiative fait suite à une lettre adressée par Azaria lui-même en 2022 au chef de l'État, restée sans réponse malgré plusieurs relances, les ministres de la Défense qui se sont succédé depuis ayant, selon la presse, évité de se saisir du dossier.
Dans sa lettre, Azaria explique que le transfert de son casier judiciaire du registre militaire vers le registre civil l'empêche de mener une vie normale, alors qu'il a, selon ses termes, déjà payé sa dette envers la société. Il a récemment déclaré espérer que, plus de dix ans après les faits, son casier judiciaire soit enfin effacé, puisqu'il nuit à sa vie ainsi qu'à celle de sa famille, que ce soit pour trouver un emploi, poursuivre des études ou pour d'autres démarches.