Israël

Binyamin Netanyahou sur la chaine 14 n'exclut pas une présence juive à Gaza

Le Premier ministre a accordé une longue interview télévisée hier soir.

11 minutes
1 juillet 2026

ParGuitel Benishay

Binyamin Netanyahou sur la chaine 14 n'exclut pas une présence juive à Gaza
Photo by Avshalom Sassoni/Flash90

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Hier soir (mardi), le Premier ministre Binyamin Netanyahou était l'invité de l'émission ''Hapatriotim'' présentée par le journaliste Yinon Magal sur la chaine 14. Au cours de cette longue interview, le chef du gouvernement est revenu sur la guerre à Gaza, le Liban, l'Iran, son procès pour corruption, l'avenir de sa coalition et les relations avec Washington.

« Des succès formidables face à l'Iran et au Hezbollah »

Interrogé d'entrée sur le bilan de la campagne militaire, Netanyahou a été direct : « Nous avons des succès formidables. Si je vous avais dit, avant le 7 octobre, que nous aurions éliminé Deif, Sinwar, Haniyeh, Nasrallah, et que nous aurions des zones de sécurité à Gaza et au Liban... Personne n'avait osé jusque-là attaquer militairement l'Iran. Vous en voulez encore ? »

À la question de savoir si la « victoire totale » était désormais à l'ordre du jour, il a nuancé : « Nous avons considérablement affaibli nos ennemis, il nous reste du travail : s'occuper des restes de l'axe iranien, faire avancer des accords de paix avec d'autres pays de la région. » Interrogé sur l'identité de ces pays, il est resté évasif : « Je ne cite pas de noms. »

Le Premier ministre a résumé sa philosophie en une formule : « Quand on est faible, on est voué à la destruction ; quand on est fort, on conclut des alliances et on œuvre pour la paix. Personne ne croyait que nous ramènerions les otages. »

Sur le Hezbollah, Netanyahou a revendiqué son bilan : « Nous avons tué environ 9 000 terroristes. Nous les avons repoussés loin de la ligne frontalière. Ils avaient construit des "pentagones" souterrains pour nous frapper, et tout cela, nous le détruisons. Nous développons des capacités anti-drones inédites dans le monde entier. »

Il a par ailleurs critiqué l'accord maritime conclu sous le gouvernement Bennett-Lapid : « Ils ont accepté de céder du territoire maritime, l'Iran a salué, le Hezbollah a salué. Nous, nous ne sommes pas sortis du Liban, nous avons établi une bande de sécurité sur le terrain, dans le cadre d'un accord avec le gouvernement libanais. »

Revenant sur les débuts de la guerre il y a trois ans, il a évoqué sa déception vis-à-vis de Benny Gantz : « Je me suis adressé à tous les partis pour qu'ils nous rejoignent. J'ai accueilli Gantz et j'ai été déçu quand Eizenkot l'a convaincu de partir. Je pense qu'il existe, au sein du peuple, un consensus bien plus large qu'on ne le croit. Nous menons une politique sécuritaire activiste, et nous poursuivons la réforme judiciaire. »

Vers une « large coalition nationale »

Sur la prochaine coalition, Yinon Magal a demandé si les partis orthodoxes et Bezalel Smotrich en feraient partie. Réponse sans détour : « Bien sûr. Je veux un large gouvernement national, ce n'est pas une posture de communication. Après ces élections, ce sera soit un large gouvernement national sous ma direction, soit un gouvernement de gauche étroit dirigé par Eizenkot et Yaïr Golan. Qui entrera ? J'accepte tous ceux qui sont pertinents, zéro exclusion. »

Le procès: « Il n'y a rien car il n'y a jamais rien eu »

Le volet judiciaire a occupé une large partie de l'entretien. Netanyahou est revenu sur l'effondrement, la veille, du chef d'accusation de corruption devant le tribunal : « Il y a eu ici une chasse à l'homme fictive qui s'est effondrée hier au tribunal. Je le disais déjà il y a environ dix ans : "il n'y aura rien, parce qu'il n'y a rien." »

Il a livré un témoignage personnel sur l'impact de ces années de procédure sur sa famille, racontant le travail de son épouse Sara, psychologue scolaire à Jérusalem : « Nous avons traversé un chemin infernal. Ma femme Sara est psychologue dans des écoles religieuses de Jérusalem. Il y avait un enfant dont la mère était sur son lit de mort à l'hôpital Ichilov. Sara a réuni toute la famille qu'ils puissent parler à la mère. Elle est restée avec eux toute la journée, pendant que dehors il y avait des manifestations, des menaces de l'assassiner. »

Il a poursuivi : « Elle est rentrée à la maison ce soir-là et a reçu un appel : la mère était décédée. Puis, toute la nuit jusqu'au matin, elle a guidé l'équipe sur la façon d'accompagner ces enfants dont le monde venait de s'effondrer. Cela se produit jour après jour, mois après mois, année après année, depuis dix ans. Et pas seulement pour nous, pour tous ceux qui nous entourent. »

À la question de Yinon Magal sur l'impact personnel de cette hostilité, Netanyahou a répondu : « Cela me touche énormément, l'atteinte portée à Sara, à mes fils et à tous ceux qui m'entourent. Cela laisse des cicatrices psychologiques, ne vous y trompez pas. Je pense avoir une capacité de concentration que possédaient aussi mon frère Yoni, ainsi que mon père et ma mère. Je suis fait de chair et de sang, mais j'agis dans le cadre d'une mission, et cela est plus fort que tout. Oui, cela me touche, mais la mission est plus forte que tout. »

Sur le fond des accusations, il a affirmé : « Ce dossier s'est déjà effondré il y a plusieurs années, quand les juges ont dit qu'il n'y avait pas de corruption. » Relancé sur les chefs de fraude et abus de confiance encore en jeu, il a assuré : « Ils vont aussi tomber, vous verrez, il n'y a rien. Les juges ont tenté de me pousser vers un accord de plaider-coupable, mais je n'ai pas cédé, je suis dans une mission. »

Interrogé sur la question de savoir pourquoi il préfère une grâce plutôt que de poursuivre le procès pour que la vérité éclate totalement, Netanyahou a rétorqué : « Vous êtes invités à me remplacer là-bas. Ce procès a déchiré le peuple, il a été à la base des mouvements d'exclusion [politique]. Il a aussi provoqué un vertige institutionnel pour le pays, avec des élections répétées. » Il a ajouté : « Nous faisons face à des tâches bien plus grandes. Nous devons réunir le peuple, la fracture est immense et je sais quelles tâches et opportunités nous attendent. Je veux faire avancer le pays. Le procès doit se terminer. »

« Regardez ce que nous avons obtenu grâce à nos combattants »

Netanyahou a revendiqué avoir ignoré les mises en garde internationales à plusieurs reprises : « Les dirigeants du monde disaient : arrêtez-vous à Rafah, n'entrez pas à Rafah, ne prenez pas le corridor de Philadelphie, sinon vous ne ferez pas sortir les otages — et nous les avons tous fait sortir. Ils disaient de ne pas entrer au Liban, regardez ce que nous y avons fait. Ils disaient la même chose pour la Syrie. Mes adversaires politiques ont dit toutes ces choses, et regardez ce que nous avons obtenu grâce à nos combattants. »

Sur les relations avec Donald Trump, il a été bref : « Les relations sont très bonnes » et les a comparées avec les relations que l'on peut entretenir au sein d'une famille avec parfois des désaccords. Il a démenti le fait que Donald Trump ait crié sur lui lors de certaines conversations mais a assumé avoir des divergences avec le Président américain.

Gaza: présence juive et « émigration volontaire »

Interrogé sur une éventuelle émigration des habitants de Gaza, Netanyahou a précisé qu'il s'agissait d'« émigration volontaire ». Sur la question d'une éventuelle installation de civils juifs sur ce territoire, il est resté évasif : « La question est de savoir s'il vaut mieux agir ou parler. Et oui, je préfère ne pas me prononcer. Il faut choisir précisément les sujets sur lesquels on doit affronter le regard du monde : là où c'est possible, dites oui ; là où il faut défendre nos intérêts, dites non. Nous devons piloter notre politique à la fois par la réaction et par l'offensive. J'avais promis de changer le Moyen-Orient, et nous l'avons fait. »

Il a ajouté : « Nous sommes à l'initiative, nous attaquons, et cela nous crée des opportunités qui n'existaient pas avant la guerre. » Il a, par ailleurs, garanti que le calme retrouvé par les habitants de la bordure de Gaza régnerait aussi pour les habitants du nord, à la frontière avec le Liban.

« Nous avons compris que nous sommes un Etat qui possède une armée et non l'inverse »

Revenant sur le traumatisme du 7 octobre, Netanyahou a affirmé : « Je défends fermement nos intérêts, et j'ai une immense estime pour nos soldats, nos commandants et nos forces de sécurité. Mais ce qui s'est passé après le 7 octobre, c'est que j'ai compris que nous avons un État doté d'une armée, et non l'inverse. »

Il a détaillé sa méthode de prise de décision : « Toutes les décisions majeures que j'ai prises, dès le premier jour, quand les services de sécurité voulaient mobiliser 80 000 réservistes et que j'ai dit "mobilisez tout le monde", consistaient à se concentrer avec puissance sur un front à la fois : être défensif face au Hezbollah et démanteler le Hamas. Ensuite les bipeurs, puis l'entrée en territoire syrien, puis le démantèlement du régime de terreur iranien et les frappes. » Il a réitéré un engagement constant : « Tant que je serai Premier ministre, l'Iran n'aura pas l'arme nucléaire. »

Turquie, Egypte: « On ne laissera personne nous menacer »

Interrogé sur ses inquiétudes concernant l'Égypte et la Turquie, Netanyahou a visé directement le président Erdogan : « Ce qui se passe en Turquie est une conséquence du déclin de la puissance iranienne. Les propos d'Erdogan sur la volonté de détruire Israël, de reprendre le contrôle de Jérusalem... je pense qu'il a oublié que le règne de l'Empire ottoman a pris fin. Il y a ici l'État d'Israël, Tsahal et le peuple d'Israël, on ne laissera personne nous menacer. »

Service militaire des orthodoxes

Sur l'échec de la coalition à faire aboutir la loi sur la conscription des orthodoxes, Netanyahou a expliqué que le dossier avait été traité trop tard dans le mandat du gouvernement : « Nous en sommes arrivés là dans les derniers mois du gouvernement, et à ce moment-là il devient difficile d'empêcher les départs et les défections [de la coalition]. » Il a évoqué la possibilité d'une loi permettant la conscription d'environ 23 000 orthodoxes en trois ans et demi, précisant que des directeurs de yeshivas lui auraient rapporté que la simple évocation de peines de prison pour les étudiants en Torah avait bloqué tout le processus : « Ils me disent que depuis le moment où il a été dit que les étudiants en Torah devaient obligatoirement aller en prison, tout s'est arrêté. » Il a toutefois insisté sur le fait que ceux qui n'étudient pas la Torah doivent être mobilisés, quel que soit leur secteur : « Même si tu es un réfractaire laïc — qu'on applique toute la force de la loi. »

Netanyahou a également défendu la place de l'étude de la Torah dans la tradition juive, rappelant que son grand-père avait étudié à la célèbre yeshiva de Volozhin : « L'étude de la Torah a maintenu notre peuple en vie pendant des millénaires », a-t-il affirmé, estimant qu'envoyer des étudiants de yeshiva en prison ne ferait pas augmenter la conscription mais « la paralyserait totalement ». Il a assuré que le public orthodoxe souhaitait se mobiliser, mais que cela devait se faire par consentement plutôt que par contrainte. Il a dit espérer qu'après la formation du prochain gouvernement, une « loi de conscription responsable et bonne » pourrait être adoptée : « Nous le ferons sans déchirer le peuple, et je ne veux pas de guerre fratricide. Il n'y aura pas de guerre fratricide ici. »

« Aide américaine: vers une autonomie économique d'ici dix ans »

Interrogé sur une éventuelle fin de l'aide économique et militaire américaine, Netanyahou a répondu par l'affirmative, en évoquant un calendrier progressif : « Oui, je veux faire une transition dégressive sur dix ans. Nous apprécions énormément cette aide. Quand j'ai été élu pour la première fois en 1996, je suis allé au Congrès et, pour la première fois, j'ai dit que nous allions mener une révolution d'économie libérale et qu'en conséquence nous nous séparerions de l'aide économique — tout le monde a été stupéfait. Tout le monde disait : regardez ce Premier ministre, il renonce à l'aide pour faire les titres dans les journaux. » Il a conclu sur une note optimiste : « Nous en avons les moyens, car notre économie va bientôt atteindre les mille milliards de dollars, nous pouvons nous financer nous-mêmes, dès l'année prochaine. »


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