Vingt ans après l'enlèvement de Gilad Shalit, les Archives de Tsahal, rattachées au ministère israélien de la Défense, ont rendu publics pour la première fois les journaux d'opérations du poste de commandement de la brigade Sud de la division de Gaza. Ces documents inédits permettent de suivre, quasiment minute par minute, la manière dont les forces israéliennes ont pris conscience qu'un soldat venait d'être capturé.
Le 25 juin 2006 à l'aube, un commando du Hamas s'infiltre en Israël par un tunnel creusé sous la barrière de sécurité près de Kerem Shalom. Les terroristes attaquent une position blindée de Tsahal. Deux soldats israéliens, le lieutenant Hanan Barak et le sergent-chef Pavel Slutsker, sont tués. Au milieu des combats, Gilad Shalit est arraché à son char et emmené dans la bande de Gaza.
Le journal d'opérations révèle qu'à 5h13, le poste de commandement reçoit les premiers signalements d'explosions dans le secteur. Une minute plus tard apparaît la mention : « Victimes signalées ». Les hélicoptères d'attaque et les forces spéciales sont immédiatement déployés tandis que des terroristes sont signalés dans plusieurs positions.
À 6h40, une phrase change le cours de l'opération : « Soldat manquant dans le char. » Quatre minutes plus tard, à 6h44, la procédure « Hannibal » est déclenchée, le protocole alors en vigueur visant à empêcher la capture d'un soldat israélien.
À 7h12, les soldats retrouvent un casque et un gilet pare-balles abandonnés près de la clôture de sécurité, sans parvenir à identifier immédiatement la direction prise par les ravisseurs. Puis, à 8h00, le journal mentionne pour la première fois : « Nom du soldat enlevé : Gilad Shalit. »
Les recherches se poursuivent tout au long de la matinée. Les militaires découvrent des traces attribuées aux terroristes ainsi qu'au soldat capturé. À midi, une nouvelle entrée indique que le gilet de Gilad Shalit présente des taches de sang et des impacts d'éclats.
Les documents montrent également les incertitudes qui régnaient alors au sein du commandement. Dans un premier bilan opérationnel rédigé dans l'après-midi, les officiers estiment que « le soldat est probablement vivant », mais ignorent où il se trouve. Ils concluent que l'attaque a été minutieusement préparée par le Hamas depuis plusieurs semaines et préviennent qu'elle pourrait provoquer une escalade majeure.
À 16h34, un commandant confirme avoir identifié les traces de Gilad Shalit à proximité du tunnel utilisé pour l'infiltration. Une heure plus tard, une dernière note fait état d'une rumeur selon laquelle le soldat aurait déjà été transféré vers l'Égypte par un tunnel afin de renforcer la position de négociation du Hamas, tout en précisant que cette information n'a pu être confirmée.
Gilad Shalit restera captif pendant plus de cinq ans avant d'être libéré le 18 octobre 2011 dans le cadre d'un échange contre 1 027 prisonniers palestiniens.