Moyen-Orient

Gaza : des officiers mettent en garde contre l’assouplissement des règles d’engagement

Des officiers affirment que les consignes de tir ont changé dans la pratique le long de la frontière de Gaza. L’état-major dément toute modification officielle des règles d’engagement.

3 minutes
22 juin 2026

ParDelphine Miller

Gaza : des officiers mettent en garde contre l’assouplissement des règles d’engagement
Photo Tsafrir Abayov/Flash90

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Selon plusieurs officiers servant le long de la « ligne jaune », près de la clôture frontalière avec Gaza, il existe aujourd’hui un décalage entre les règles officielles de Tsahal et leur application sur le terrain.

Officiellement, Tsahal affirme qu’aucun changement n’a été apporté aux règles d’ouverture du feu. Mais sur le terrain, plusieurs officiers disent constater une évolution claire depuis plusieurs semaines : les soldats seraient désormais davantage limités lorsqu’ils font face à des Gazaouis qui s’approchent de la clôture ou franchissent la ligne jaune.

D’après ces officiers, cette évolution viendrait d’instructions transmises par le commandant de la division de Gaza, le général de brigade Liron Batito. Avant, expliquent-ils, tout adulte franchissant la ligne jaune pouvait être considéré comme une menace immédiate et faire l’objet d’un tir pour neutraliser l’intrusion. Désormais, les soldats seraient orientés vers une procédure d’arrestation du suspect, avec un recours au tir limité, dans certains cas, aux membres inférieurs.

Les officiers affirment que ces tentatives d’approche ou de franchissement ont lieu chaque jour. Tous les individus concernés ne sont pas nécessairement des terroristes, reconnaissent-ils. Mais selon eux, le Hamas utilise ces mouvements pour tester les réactions de Tsahal, observer les temps de réponse et repérer les failles du dispositif israélien.

Un officier de réserve affirme que les soldats « voient les préparatifs » et savent que ces franchissements servent à analyser leur déploiement. Un autre décrit une forte frustration parmi les troupes : selon lui, des personnes franchissent la zone, des drones traversent également la frontière, et les soldats n’obtiennent pas toujours l’autorisation de tirer.

Pour ces officiers, le risque principal est clair : le Hamas pourrait interpréter cette retenue comme un signe de faiblesse. Ils craignent que cette évolution dans l’application des consignes n’encourage davantage de tentatives d’approche de la clôture et n’affaiblisse la dissuasion israélienne. L’un d’eux décrit même la situation comme un « 7 octobre sous stéroïdes ».

Tsahal rejette ces affirmations. Dans sa réponse officielle, l’armée assure que les règles d’engagement n’ont pas changé et que les soldats opérant dans la bande de Gaza sont toujours autorisés — et même tenus — de neutraliser toute menace, tout en évitant autant que possible de toucher des civils non impliqués.

Malgré ce démenti, plusieurs commandants cités dans le rapport maintiennent qu’un changement est intervenu dans la pratique. Selon eux, le général Batito aurait expliqué lors de visites sur le terrain que cette évolution faisait suite à plusieurs incidents critiqués, notamment la blessure par balle d’un Palestinien se déplaçant avec des béquilles et la mort de deux chauffeurs de camions d’aide humanitaire près de la ligne jaune.

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