Qui ne connaît pas « les Loubavitch » ? Mendel, 'Haya Mouchka… Au-delà des clichés, presque chaque Juif a, un jour, rencontré un représentant de la 'hassidout 'Habad : un stand de téfillines dans un centre commercial, une soucca sur une place publique, des beignets distribués à 'Hanouka ou une invitation à un repas de chabbat à l’autre bout du monde. Mais au-delà de cette présence familière, connaît-on vraiment ce mouvement, et surtout son rôle dans la société israélienne, entre rapprochement de la tradition, actions de bienfaisance, rassemblements communautaires et renforcement spirituel ? Nous sommes allés à la rencontre des émissaires du « Rabbi », ces hommes et ces femmes dont l’engagement et l’enthousiasme sont souvent contagieux.
Commençons par le commencement. Le mouvement 'Habad, ou Loubavitch, est avant tout une 'hassidout, c’est-à-dire un courant issu du Baal Chem Tov, ce maître spirituel qui, au XVIIIᵉ siècle, transforma la manière de vivre le judaïsme. À une époque où la dimension spirituelle de la Torah était souvent réservée à une élite, il chercha à la rendre accessible à tous les Juifs, même les plus simples. De cette approche naquit en Europe de l’Est un vaste mouvement spirituel d’où émergèrent plusieurs dynasties 'hassidiques, chacune dirigée par un Admour, dont la 'hassidout de Loubavitch, fondée, elle, par Rabbi Chnéour Zalman de Liadi (le « Alter Rebbe »). L’acronyme 'Habad est composé des lettres hébraïques ח ('heth), ב (beth) et ד (daleth), initiales de 'Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance), qui représentent les trois facultés intellectuelles au cœur de cette approche.
Faisons un saut dans le temps et l’espace. En 1951, à Brooklyn, dans le quartier de Crown Heights, Rabbi Mena'hem Mendel Schneerson, connu comme « le Rabbi », prend la tête du mouvement Loubavitch. Sous son impulsion, le mouvement connaît un remarquable essor, notamment grâce à l’envoi d’émissaires à travers le monde pour aller à la rencontre de chaque Juif et raviver son lien avec la tradition – une véritable success story, quand on sait qu’aujourd’hui le mouvement 'Habad compte près de 4900 familles d’émissaires dans plus de cent pays !
À présent, direction Israël, en 1949. Le jeune État hébreu vient de naître lorsque les premiers 'Hassidim de Loubavitch fondent le village de Kfar 'Habad, près de Lod. La localité devient l’un des principaux centres du mouvement dans le pays. Aujourd’hui, elle compte environ 6000 habitants et abrite de nombreuses institutions éducatives et communautaires, ainsi qu’une réplique du célèbre bâtiment de 770 Eastern Parkway de Brooklyn, siège mondial du mouvement. La présence du mouvement 'Habad en Israël est particulièrement étendue. En 2025, il comptait environ 1335 émissaires répartis dans 941 centres, et chaque année de nouveaux couples viennent renforcer ce réseau ; en 2025, 95 nouveaux couples d’émissaires ont été envoyés en mission en Israël. Les Touati, émissaires francophones à Jérusalem, dans le quartier d’Arnona, sont un exemple de ces couples : à travers des cours, des activités et des camps d’été (le fameux « Gan Israël »), ils fédèrent une communauté composée en grande partie de familles de nouveaux immigrants.
Au-delà de la dimension spirituelle, le mouvement 'Habad joue également un important rôle social à travers l’organisation Colel 'Habad, fondée en 1788 par Rabbi Chneour Zalman de Liadi et qui est l’une des plus anciennes œuvres caritatives du pays. Elle distribue de l’aide alimentaire et des repas à des milliers de personnes démunies, et soutient des veuves, des orphelins et des enfants en difficulté. En 2022, le gouvernement israélien a d’ailleurs conclu avec Colel 'Habad un programme national de lutte contre la faim.
Les 'Habadnikim sont aussi présents dans l’armée : environ 90 rabbins Loubavitch servent aujourd’hui dans Tsahal. Le mouvement distribue également des objets religieux dans les bases et soutient les soldats via Colel Habad. Depuis octobre 2023, plusieurs rabbins se sont engagés comme officiers de réserve, dans l’esprit de la vision de Rabbi Mena'hem Mendel Schneerson qui voyait les guerres de Tsahal comme des « mil'hamot mitsva » (« guerres de commandement », c’est-à-dire obligatoires). Ainsi, depuis le début de la guerre, les 'Habadnikim ont activement participé à l’effort national. À Raanana, le Beit Loubavitch du rav Mendel Mimoun en est un exemple. « Il y a quelques années, relate celui-ci, nous avons acheté un “mitsva tank”, un camion qui nous permet d’apporter des denrées dans les bases militaires même difficiles d’accès. Dès le 8 octobre, nous avons pu agir rapidement. Grâce aux dons et aux bénévoles, nous avons chargé le camion et commencé à nous rendre dans les bases pour distribuer le nécessaire. »
Le mouvement 'Habad possède un vaste réseau éducatif reconnu, accueillant des familles religieuses, traditionalistes ou laïques. Sarah, de Jérusalem, témoigne : « J’ai été émerveillée par la diversité des mamans. Les 'Habadnikim ouvrent leurs portes à tous. » À Raanana, le jardin d’enfants du rav Mendel Mimoun et de son épouse aide de nombreuses familles d’olim à s’intégrer.
Une caractéristique du mouvement 'Habad est sa présence directe dans la vie quotidienne. Les émissaires vivent au sein des quartiers et proposent de nombreuses initiatives accessibles au public, rythmant la vie juive israélienne : stands de téfillines dans les rues ou les centres commerciaux, parades de Lag baOmer pour les enfants (souvent dignes de Disneyland !), lectures publiques de la Méguila à Pourim, souccot publiques, repas communautaires, etc.