Vie politique

En Israël, derrière les condamnations unanimes de l'accord, des interprétations bien différentes

Pour l'opposition c'est un échec de Netanyahou, pour la coalition un danger qu'il faudra savoir éviter.

5 minutes
15 juin 2026

ParGuitel Benishay

En Israël, derrière les condamnations unanimes de l'accord, des interprétations bien différentes
Photo by Yonatan Sindel/Flash90

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Les réactions politiques ont fusé de toutes parts après l'annonce de l'accord USA/Iran, de la droite à la gauche, avec une rare unanimité sur un point : cet accord est mauvais pour Israël.

Les ministres les plus à droite du gouvernement réfutent sans détour l'accord. Itamar Ben Gvir a été le plus direct : « L'accord de Trump ne nous oblige pas. Israël n'est pas soumis aux États-Unis, nous sommes un État indépendant et souverain. » Le ministre de la Sécurité nationale a rappelé que chaque capitulation face aux pressions internationales a coûté « du sang avec intérêts », d'Oslo à l'accord de 2006 au Liban, en passant par la politique de tolérance envers Gaza. Il a exigé qu'aucun tir de drone ou de missile depuis le Liban ne reste sans réponse israélienne sur le quartier de la Dahieh à Beyrouth, et a rappelé solennellement : « Le peuple d'Israël est un peuple de trois mille ans. L'époque où le Juif encaissait les coups en silence est révolue. »

Bezalel Smotrich a adopté un ton plus mesuré, mais tout aussi ferme. Reconnaissant les « nombreuses réalisations » obtenues dans l'affaiblissement de l'Iran, il a estimé qu'il faudrait désormais « poursuivre la campagne par nos propres moyens et de manière créative » pour garantir que Téhéran n'obtienne jamais l'arme nucléaire. Il a également défendu Netanyahou, affirmant qu'« aucun des candidats qui se rêvent Premier ministre n'aurait résisté à dix pour cent des pressions » qui s'exercent en ce moment sur le gouvernement.

Du côté de l'opposition, le ton est tout aussi sévère mais les critiques visent directement le Premier ministre, une opportunité saisie en pleine période électorale.

Yaïr Lapid a dressé une liste de treize erreurs stratégiques imputées à Netanyahou : avoir vendu aux Américains un scénario trop optimiste sans leur exposer la carte des risques réels ; avoir négligé de constituer une équipe professionnelle pour travailler avec l'administration américaine ; avoir échoué à convaincre Washington de frapper les installations pétrolières iraniennes ou d'intégrer la question des missiles balistiques dans les négociations ; avoir sous-estimé l'influence d'Erdogan à Washington ; ou encore avoir ignoré l'impact de la hausse du prix du pétrole américain à quelques mois des élections au Congrès. « Il continue de dire à tout le monde : "Nous avons changé le Moyen-Orient." Le problème, c'est que par négligence, arrogance et absence d'équipe compétente, il l'a changé en mal », a tranché Lapid, avant d'assurer : « On peut corriger, on doit corriger. Netanyahou ne peut plus le faire. Nous le ferons. »

Yaïr Golan a été le plus virulent. Qualifiant Netanyahou de « père du plus grand échec stratégique de l'histoire d'Israël », il a affirmé que c'est lui qui a théorisé que « le Hamas est un atout », permis les transferts d'argent qatari, et laissé Israël isolé « au moment de vérité ». « Celui qui avait promis une victoire totale termine son mandat avec des ennemis plus forts, Israël plus faible, et la dissuasion construite dans le sang de nos combattants qui s'érode sous nos yeux. Son remplacement n'est pas seulement une nécessité politique, c'est une nécessité sécuritaire existentielle. »

Gadi Eisenkot a souligné ce qu'il considère comme un fossé béant entre les promesses de « victoire totale » et la réalité de ce matin, il a dénoncé une occasion manquée : « L'opportunité sécuritaire et régionale que le gouvernement d'Israël se devait de saisir a été ratée. » Il a également pointé le fait, « révoltant », que les citoyens israéliens apprennent l'existence de l'accord par les déclarations de dirigeants étrangers, accusant Netanyahou de ne pas vouloir regarder son peuple en face.

Benny Gantz a posé deux lignes rouges claires : pas question d'accepter une limitation de la liberté d'action d'Israël au Liban, ni un retrait qui mettrait en danger les habitants du Nord. Il a qualifié l'accord émergent d'« échec stratégique » qui contraindra Israël à livrer « un combat politique, militaire et juridique dans les années à venir », un combat qui ne pourra être mené, selon lui, que par un gouvernement d'union nationale à large base.

Naftali Bennett est le dernier de la liste à avoir réagi. Il attaque lui aussi le Premier ministre Netanyahou: « En mille jours de guerre, nous avons découvert, encore et encore, la grandeur de ce peuple et la mollesse de ce gouvernement », a-t-il déclaré.

Bennett a rendu hommage aux performances de Tsahal et des forces de sécurité sur le front, ainsi qu'au courage du peuple à l'arrière, avant d'asséner : « Ce matin, nous avons découvert que le gouvernement est, une fois de plus, incapable de transformer tout cela en acquis sécuritaires durables. »

Il a affirmé détenir un plan stratégique pour « l'effondrement du régime iranien » sans en dévoiler les détails qu'il mettra en oeuvre s'il est désigné chef du gouvernement après les prochaines élections.


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