Au Liban, depuis la reprise des combats le 2 mars dernier, un double phénomène retient l'attention des analystes : une contestation publique du Hezbollah en nette progression au sein de la société libanaise, et des pertes militaires de l'organisation bien supérieures aux chiffres officiels.
Selon des évaluations de renseignement, l'aggravation de la crise économique au Liban directement liée à l'implication du Hezbollah dans le conflit et les répercussions des affrontements régionaux contribuent à modifier l'attitude d'une partie croissante de la population. Ce mouvement ne se limite plus aux minorités traditionnellement opposées à l'organisation : il gagne désormais sa propre base de soutien.
Ce qui relevait jusqu'à récemment de conversations privées tend à devenir une opposition publique assumée. Les critiques portent à la fois sur le bilan militaire et sur la responsabilité du Hezbollah dans l'effondrement économique du pays.
Un témoignage filmé, largement diffusé, illustre cette évolution. On y entend un civil chiite du sud du Liban s'exprimer devant les ruines de sa maison : il interpelle directement l'organisation, demandant au nom de qui ces sacrifices ont été consentis - ''Pour Gaza?! Pour l'Iran?!'' -, évoquant la mort des jeunes de sa communauté et appelant à la prise de conscience. Ce type de prise de parole, issu du cœur même de la communauté chiite, était jusqu'ici rarissime.
Les appels à une réduction du pouvoir et de l'influence du Hezbollah dans la sphère intérieure libanaise se multiplient désormais ouvertement.