Les Israéliens ont mis au point un nouveau moyen de mesurer leur taux de réussite dans la vie. Oubliez le salaire, la taille de l'appartement ou la marque de la voiture. Désormais, tout se calcule en fonction du temps nécessaire pour rejoindre un abri blindé. Ou, pour le dire autrement : quel est votre niveau de facilité pour sauver votre peau ?
En haut de l'échelle, trônent les nantis – comprenez ceux dont l'abri est intégré dans leur maison ou leur appartement. Si jamais ils osent se plaindre de leur nuit agitée, les autres leur répondent avec un petit ricanement teinté de jalousie : "Pourquoi tu te plains ? T'es tranquille, toi !"
Un peu plus bas, ceux dont l'abri se trouve sur le même étage. Certes, ils doivent sortir de chez eux et s'asseoir dans la même pièce que les voisins, même à 2h00 du matin. Mais cela ne leur prend que quelques secondes pour être en sécurité. Pas de quoi fouetter un chat balistique.
Troisième catégorie : les Israéliens qui doivent descendre, dans le même bâtiment, plusieurs étages d'escaliers – il est interdit d'emprunter l'ascenseur en cas d'alerte, faut-il le rappeler. Escaliers qu'il faudra évidemment remonter, puis redescendre, puis remonter en cas d'alertes répétitives... Cette catégorie comprend une sous-catégorie particulièrement pitoyable : les parents de jeunes enfants en bas âge, les personnes âgées, ou celles qui viennent de se faire opérer, pour qui ces escaliers s'apparentent à un vrai supplice version marathon nocturne non désiré.
Au bas de l'échelle sociale de la survie se trouvent ceux qui doivent descendre dans la rue pour gagner un abri public, situé dans un parking, sous un supermarché ou ailleurs... Particulièrement pénible en ce mois de mars 2026, froid comme rarement.
N'oublions pas enfin la catégorie spéciale : ceux qui doivent se réfugier dans l'abri du voisin. Ils doivent non seulement sortir de chez eux, faire quelques pas à l'extérieur, mais en plus pénétrer dans l'intimité d'une autre maison à 5 heures du matin. Faire bonne figure. Surtout ne pas montrer qu'on est énervé, qu'on a peur, qu'on en a vraiment ras-le-bol. Se comporter au contraire comme si cette petite réunion impromptue était prévue de longue date et s'apparentait finalement à un exercice social des plus charmants. "Ah, quelle bonne surprise de vous voir ! Non, vraiment, quel plaisir !"
Hors catégorie : les oubliés
Le ton de cette description est volontairement décalé, mais la conclusion ne le sera pas. Certains Israéliens n'ont pas le privilège de figurer dans cette liste. Ils sont simplement hors-catégorie.
Plus de 500 000 Israéliens, principalement des personnes âgées ou en situation de handicap, vivent dans des logements sans mamad ni accès rapide à un abri. La plupart de ces logements se trouvent dans des immeubles construits avant les années 1990, avant que la loi israélienne n'impose l'installation d'une pièce blindée dans les nouvelles constructions. Dans ces bâtiments anciens, l'abri le plus proche est souvent un miklat public situé dans la rue ou dans un autre immeuble, parfois à plusieurs dizaines de mètres. Un trajet impossible pour des personnes à mobilité réduite lorsque le temps d'alerte n'est que de quelques dizaines de secondes.
Il serait temps de penser à eux.
Anne-Caroll Azoulay
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