À Dovav, village accroché à la frontière libanaise, Israël Sabaghi ne sait toujours pas si son fils pourra rejoindre la table familiale. « On ne ressent pas l’ambiance de fête ». Jusqu’à la dernière minute, la famille a hésité à maintenir le repas chez elle. « Tu fais les courses sans plaisir. Tu te demandes si les sirènes vont retentir, si tout le monde devra courir se mettre à l’abri… »
Comme beaucoup d’habitants du nord, les Sabaghi sortent à peine de longs durant lesqueles ils étaient évacués de leur foyer. Le retour à la maison n’a pas effacé l’angoisse : « La situation est très difficile. La vie a été interrompue à nouveau. Comment penser à une fête quand tout tremble ? »
Le poulailler familial, principale source de revenus, reste à l’arrêt. Un projet de reconstruction à plusieurs millions de shekels est suspendu, faute d’ouvriers prêts à travailler sous la menace. « Tout est bloqué », soupire Sabaghi. Et l’aide promise par l’État se fait attendre.
Le village lui-même porte les stigmates du conflit : rues vides, enfants absents, vie communautaire figée. « Il n’y a plus de joie, plus de vie », dit-il.
Et pourtant, le Seder aura lieu. « On sera à table, on lèvera nos verres, on demandera que tout cela s’arrête », affirme Sabaghi. Même sans certitude, même sans tous les proches réunis.