L’élimination d’Ali Larijani marque un tournant majeur dans la confrontation en cours avec l’Iran. Figure centrale du système et conseiller influent du Guide suprême, Larijani incarnait l’une des dernières « adresses » politiques du régime. Sa disparition ne relève pas seulement d’un coup tactique : elle modifie en profondeur les équilibres internes à Téhéran.
Longtemps, ce type de personnalité avait été épargné. Dans une logique stratégique, maintenir des interlocuteurs au sommet du pouvoir permettait de préserver des canaux, voire une forme de stabilité. Mais selon plusieurs analyses, Larijani aurait récemment franchi une ligne rouge en avançant des conditions jugées inacceptables par Washington, ce qui aurait accéléré la décision de l’éliminer.
Son profil en faisait un pivot du régime. Issu d’une famille au cœur de l’élite révolutionnaire, Larijani appartenait à cette aristocratie politico-religieuse qui structure le pouvoir iranien depuis des décennies. Son frère occupe des fonctions clés dans l’appareil judiciaire, tandis que d’autres membres de la famille gravitent dans les cercles les plus proches d’Ali Khamenei. Lui-même jouait depuis des années un rôle d’interface entre les différentes composantes du régime.
Sa disparition ouvre un vide qui devrait être immédiatement comblé par les éléments les plus durs. Le centre de gravité du pouvoir semble désormais basculer vers les Gardiens de la Révolution et leurs commandants, au détriment des figures politiques traditionnelles. Plusieurs responsables historiques, jusque-là en retrait, refont surface, signe d’un système en recomposition rapide.
Dans le même temps, les frappes se sont étendues aux instruments de contrôle du régime. Le Bassidj, principale force de répression intérieure, a été directement visé : son commandant, son adjoint et de nombreux cadres ont été éliminés. Des dizaines de barrages ont été frappés à Téhéran et dans plusieurs provinces. En quelques jours, des centaines d’activistes liés aux forces de sécurité ont été neutralisés.
Cette stratégie vise clairement à désorganiser la capacité de contrôle du régime. En frappant la chaîne de commandement et les structures de terrain, elle cherche à créer une brèche dans l’appareil répressif. Le Bassidj, qui revendique des millions de membres mais repose sur un noyau dur chargé de réprimer les manifestations, pourrait voir sa capacité de dissuasion affaiblie.
Sur le terrain, les signes de fébrilité se multiplient. Des images circulent montrant des membres de ces forces en fuite face aux frappes. Qu’elles soient totalement authentiques ou amplifiées, elles traduisent une réalité : la pression s’exerce désormais au cœur même du dispositif sécuritaire iranien.