L’offensive menée par Israël et les États-Unis a d’abord constitué un revers diplomatique pour la Turquie. Avant le déclenchement de la guerre, Ankara avait proposé de jouer un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran. Mais ces initiatives ont été rejetées par l’Iran, laissant la Turquie en marge du processus. Dans le même temps, la coopération étroite entre Israël et les États-Unis agace le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan. Elle souligne, selon plusieurs observateurs turcs, l’influence limitée d’Ankara à Washington.
Dans ce contexte, certains commentateurs turcs cherchent à présenter la guerre comme une erreur stratégique américaine. Le très célèbre et influent journaliste et analyste turc Yahya Bostan a ainsi affirmé sur les réseaux sociaux que le président américain aurait été entraîné dans ce conflit par Benyamin Netanyahou. « Netanyahou a convaincu Trump avec l’idée suivante : “Assassinons le leader, le reste sera facile, le peuple renversera le régime”. Trois semaines plus tard, le changement de régime est oublié. La guerre est bloquée dans le détroit d’Ormuz et Trump se retrouve à chercher le soutien de différents pays pour rouvrir la voie maritime ».
Selon lui, le président américain pourrait « regretter mille fois » cette décision.
Cette analyse reflète une ligne de communication largement relayée dans les médias turcs : Israël serait à l’origine de l’escalade, Donald Trump aurait été entraîné par les choix de Netanyahou, tandis que la Turquie se présenterait comme l’acteur raisonnable ayant tenté d’éviter la confrontation.
Dans un autre commentaire, Bostan affirme que l’instabilité au Moyen-Orient pourrait finir par peser sur la politique intérieure américaine, notamment à travers la hausse des prix de l’énergie : « L’instabilité au Moyen-Orient commence à présenter la facture à l’électeur américain. Pour le citoyen moyen, chaque cent supplémentaire sur le prix du carburant devient un rappel d’une politique étrangère qui ne produit pas de résultats ». Selon lui, cette situation pourrait affaiblir les républicains lors des élections de mi-mandat. L’analyste compare même la gestion de la crise iranienne à celle de la pandémie de Covid-19 sous l’administration Trump en 2020, estimant que ces crises pourraient peser durablement sur l’image du président.
Pour les analystes turcs, la guerre en cours pourrait également ouvrir une nouvelle phase géopolitique au Moyen-Orient. Bostan estime notamment que plusieurs États du Golfe seraient irrités par les conséquences d’un conflit qu’ils n’auraient pas souhaité. Il évoque l’émergence d’une coordination régionale renforcée entre la Turquie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Pakistan : « Il semble qu’Israël et les États-Unis aient atteint les limites de leurs capacités face à l’Iran, la Turquie, qui a déjà su manœuvrer en Syrie pour défendre ses intérêts, se prépare à mener une stratégie similaire sur le front iranien. »
Derrière ces déclarations se dessine ainsi une véritable bataille narrative : tandis que Washington et Jérusalem présentent l’opération comme un effort stratégique destiné à affaiblir durablement les capacités militaires iraniennes, Ankara tente de convaincre que le conflit révèle au contraire les limites de la puissance américano-israélienne et ouvre la voie à une recomposition régionale.
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