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Tensions avec l’Iran : Les Israéliens ont développé une certaine indifférence à cette montagne russe du “oui frappe, non frappe”

La population poursuit une routine quasi normale : aucune ruée dans les grandes surfaces ni dans les magasins d’électroménager, et les festivités de Pourim se tiennent comme prévu.

4 minutes
26 février 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Tensions avec l’Iran : Les Israéliens ont développé une certaine indifférence à cette montagne russe du “oui frappe, non frappe”
Prudence, mais pas de panique

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Tourisme : un coup d’arrêt brutal

Le tourisme figure parmi les secteurs les plus durement touchés. Haim Dok, directeur général adjoint de la chaîne hôtelière Prima, décrit une situation préoccupante : « Dans le tourisme entrant, le simple discours mondial sur une éventuelle attaque a suffi à stopper les réservations. Des dizaines de groupes ont annulé au dernier moment, certains n’ont même pas embarqué. Des groupes déjà en Israël, notamment des États-Unis, ont écourté leur séjour, surtout après l’annulation de vols par certaines compagnies aériennes. »

La paralysie touche aussi le tourisme intérieur. « Même à Eilat et à la mer Morte, qui avaient bien résisté pendant la guerre, nous observons un gel des réservations. Les gens craignent de se retrouver à l’hôtel au mauvais moment », poursuit-il.

Alors que le taux d’occupation atteignait encore 70 à 80 % ces derniers mois dans ces stations, il peine désormais à frôler les 50 % le week-end. « Les appels se sont raréfiés depuis plusieurs semaines », constate Dok.

Pour limiter la casse, les hôteliers s’adaptent : réduction des coûts, diversification de l’offre, promotions agressives, adaptation aux marchés locaux, souplesse accrue sur les conditions d’annulation. « La clé aujourd’hui, ce sont les frais d’annulation flexibles », souligne Ruth Weiss, présidente de l’Association des experts du tourisme en Israël. « Les clients réservent à la dernière minute et veulent pouvoir annuler sans pénalité. »

Restaurants : une fréquentation en dents de scie

Même incertitude du côté de la restauration. Moti Titman, chef et propriétaire de plusieurs établissements, compare la situation aux périodes de crise précédentes : pandémie, réforme judiciaire, guerre du 7 octobre. « Il suffit d’un discours de Trump ou d’une rumeur pour que la fréquentation chute de 30 % en une soirée », explique-t-il. On observe unchangement clair dans les comportements : « Les gens sortent moins, surtout en semaine. Beaucoup de parents préfèrent rester près de leurs enfants, même sans consigne officielle. » Sans compter l’effet amplificateur des rumeurs qui travaille à plein régime. Les informations non vérifiées circulent vite et créent une panique inutile. Or la résilience civile et économique fait partie intégrante de la capacité des Israéliens à tenir.

Aérien : stabilité relative

Malgré quelques annulations ponctuelles – notamment la décision de KLM de suspendre ses vols vers Israël à partir du 1er mars – le trafic à l’aéroport Ben Gourion dépasse toujours les 50 000 passagers par jour. Oz Berlovitz, directeur général d’Arkia, évoque une légère baisse des réservations à court terme, mais insiste : « Il n’y a aucun impact sur les réservations pour Pessah ni pour l’été. Les Israéliens continuent à planifier à l’avance. » Les options d’annulation flexible rencontrent d’ailleurs un succès croissant.

Pas de ruée dans les magasins

Contrairement aux précédentes périodes de tension, aucune panique n’est observée dans les grandes chaînes alimentaires. Pas de stocks massifs d’eau minérale, de conserves ou de papier toilette. Les magasins d’électroménager ne constatent pas non plus d’achats frénétiques de générateurs ou d’éclairages d’urgence, hormis une légère hausse des ventes de congélateurs.

Les distributeurs expliquent ce calme par une population déjà équipée lors des précédents épisodes ou ne ressentant pas, pour l’instant, de menace directe. Toutefois, ils reconnaissent qu’une déclaration officielle pourrait rapidement inverser la tendance.

Fait notable : le centre de fret aérien Mamman a enregistré en janvier 2026 une hausse de 73 % des colis e-commerce traités à Ben Gourion. La consommation en ligne, elle, ne fléchit pas.

En revanche, le secteur du mobilier souffre d’un net ralentissement. « Acheter un canapé relève d’un état d’esprit, d’un élan vers l’avenir.

Pourim maintient le cap

Malgré la tension, les célébrations de Pourim se déroulent normalement. Les magasins de costumes sont bondés, les pâtisseries enregistrent une forte demande d’oreilles d’Haman et de paniers gourmands. On observe même un renforcement de la demande à l’approche de la fête.

Au total, l’économie israélienne reflète une forme d’apprentissage collectif face à l’incertitude. Après la pandémie, la réforme judiciaire, la guerre et les épisodes répétés de tension avec l’Iran, la société semble avoir intégré l’instabilité comme une donnée structurelle.

Les billets d’avion déjà achetés ne sont pas annulés, les réservations pour Pessah se poursuivent, les fêtes ne sont pas suspendues. Mais derrière cette apparente normalité, les secteurs dépendant des décisions spontanées – hôtels, restaurants, loisirs – encaissent de plein fouet la volatilité ambiante.

L’économie tient bon, mais elle avance sur une ligne de crête.

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