Né juif à Téhéran, Roni Aysanz a très tôt compris qu'il fallait qu'il mène une double vie pour pouvoir s'en sortir. Ainsi, il vivait comme un musulman afin de se fondre dans l'environnement hostile.
Son service militaire obligatoire, qu'il envisageait comme un sésame pour pouvoir quitter le pays l'a en réalité plongé au cœur même de l'appareil répressif du régime.
Grâce à son patronyme musulman, son intelligence et son acharnement au travail, le jeune Aysanz a gravi les échelons des Gardiens de la Révolution jusqu'à devenir assistant principal d'un juge de Téhéran, l'équivalent d'un vice-ministre de la Justice. Pendant des années, il a mené une double vie : soldat musulman irréprochable en apparence et juif conscient que la moindre faille pourrait le conduire à la mort.
Mais dans les couloirs sombres du palais de justice, il a transformé cette position périlleuse en mission de sauvetage. Exploitant son accès aux dossiers sensibles, Roni Aysanz a systématiquement allégé les peines de juifs en difficulté, négocié des cautions, voire fait disparaître des documents compromettants. Le "juif du tribunal" est devenu une légende murmuré dans la communauté, au prix d'un danger permanent.
L'étau s'est soudain resserré. Questions suspectes, individus à sa recherche, sensation d'être traqué. Roni Aysanz a compris que le régime était sur ses traces. En quelques jours à peine, il a organisé l'exfiltration de sa famille vers la Turquie, puis Israël, abandonnant derrière lui pouvoir et influence.
L'arrivée en Israël fut rude : un minuscule appartement de 15 mètres carrés à Ashdod, une langue à apprendre, une famille à reconstruire. Avec son frère Freddy, il s'est lancé dans la chaussure. Ce modeste magasin est devenu l'empire Scoop : des dizaines de boutiques, des milliers d'employés, des investissements immobiliers conséquents.
Pourtant, ce n'est pas cette réussite qui donne aujourd'hui un sens à sa vie. Depuis 2021, Aysanz est bénévole à la Chevra Kadisha de Savyon. "C'est là que tout s'efface : le pouvoir, l'argent, le statut. Il ne reste qu'un homme face à un homme", confie-t-il. Même au milieu d'une transaction de plusieurs millions, un appel pour un enterrement le fait tout abandonner.
Cette mission a pris une dimension déchirante après le 7 octobre, lorsqu'il s'est occupé d'enterrements particulièrement difficiles. Depuis, il est convaincu que le plus important n'est pas de chercher des coupables, mais de bâtir l'unité nécessaire pour empêcher le prochain drame.
Concernant la situation en Iran et l'avenir du régime, lui qui l'a connu de l'intérieur estime: "Le régime est solide, structuré, et parvient à projeter une image de victoire même dans l'adversité". Selon lui, une double condition pourrait provoquer sa chute : un soutien occidental franc, notamment américain, et l'émergence d'un leader unique capable de fédérer et d'offrir une direction claire aux Iraniens. "Sans ces deux éléments, même des millions de personnes dans les rues ne changeront rien", conclut-il.
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