Tribune

Tribune - La stratégie de l’inversion victimaire

La stratégie de l'inversion victimaire permet aux ennemis d'Israël de mieux l'attaquer.

5 minutes
20 janvier 2026

ParDaniel Saada

Tribune - La stratégie de l’inversion victimaire
Photo: IStock

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

Depuis le 7 octobre, nous assistons à une offensive inédite de délégitimation d'Israël. Il n'est pas question seulement de relativiser ou même de nier notre droit à nous défendre, à lutter contre les organisations terroristes qui nous ont attaqué dans les conditions que nous savons et continuent de le faire jour après jour.

Non, c'est bien plus pernicieux et perfide que cela, car il s'agit en fait, j'en suis convaincu, de la dernière étape d'une stratégie qui a été lancée depuis plusieurs dizaines d'années par tous nos ennemis et qui visent en fait à remettre en question le droit d'Israël à exister. Et pour ce faire, la meilleure des stratégies consiste dans l’inversion victimaire.

L'inversion victimaire est une tactique de manipulation où l'agresseur inverse les rôles en niant ses torts, en attaquant la victime, puis en se présentant lui-même comme la véritable victime, brouillant ainsi les pistes et retournant la situation pour échapper à sa responsabilité.

C'est une forme de déni où l'agresseur fait porter le blâme sur la victime, créant une confusion sur qui est réellement la personne à plaindre et celle à condamner.

Dans notre cas, cette stratégie revêt un caractère plus particulier car il s’agit de transformer le peuple juif et son Etat en bourreau et s’y substituer pour représenter aux yeux du monde « les nouveaux juifs » que sont désormais les Palestiniens.

Les évènements du 7 octobre ont apporté leur dernière touche à ce stratagème.

Jusqu'en 1967, grosso modo, l'existence d'Israël n'était pas remise en cause, essentiellement du fait du sentiment de culpabilité immense qui pesait sur l'ensemble de la communauté internationale suite à la Shoa, auquel s'ajoutait également des considérations stratégiques et géopolitiques liées à la décolonisation et à la puissance encore toute relative, à cette époque, des pays arabes sur la scène internationale.

La Guerre des six jours change la donne : l'accusation de « colonialisme » commence à pointer. Ce qui n'avait pas été politiquement correct de dire à haute voix en 1948 le devient de plus en plus dans les années 70 : Israël colonise les territoires palestiniens, ces mêmes territoires qui avaient été occupés et annexés purement et simplement avant 1967 par la Jordanie et l'Egypte en violation de la Résolution 181 mais dans l'indifférence absolument totale de la communauté internationale et des bonnes consciences occidentales. Inutile de chercher, vous ne trouverez aucune accusation de colonialisme proférée à l’encontre de la Jordanie ou de l’Egypte qui pourtant s’étaient conduits en véritable colonisateurs de ces territoires en les annexant (pour la Jordanie) et y imposant des transferts forcés de population (l’Egypte a exilé de force à Gaza les familles des islamistes liés aux Frères musulmans).

L'accusation de "colonialisme" n'est pas anodine car elle projette sur le peuple juif la faute et le forfait commis par les Européens sur les peuples du Sud permettant ainsi de laisser s'installer le doute sur la légitimité de la présence juive sur cette terre, quelles qu'en soient ses frontières…

Puis on s'en est pris à l'idéologie qui a conduit à la naissance d'Israël, le sionisme que l'ONU déclare solennellement assimiler à un racisme. C'était en 1975.

On accuse les sionistes donc les Juifs d’être des racistes ce dont ils étaient les victimes les plus évidentes au cours des siècles.

Mais cela ne suffit pas, l'ampleur des crimes commis à Auschwitz ou à Treblinka font encore de l'ombre à nos ennemis, c'est pourquoi il leur faut poursuivre dans cette stratégie et retourner purement et simplement à l'encontre du peuple juif le statut de leurs bourreaux d'hier.

C'est ce que les spécialistes du nouvel antisémitisme ont appelé la "nazification" d’Israël : les soldats de Tsahal se conduisent comme les SS, Gaza est un camp de concentration, l'armée de l'air israélienne est la nouvelle Luftwaffe, etc…

Mais ces références datent un peu, il faut les moderniser : la seconde guerre mondiale est trop lointaine pour les jeunes générations : la lutte des Noirs sud-africains contre les discriminations qu'ils ont subies est plus récente ; c’est alors que l’on projette sur Israël et sur le peuple juif le crime abominable de l'Apartheid faisant fi de la réalité de l'intégration de la communauté arabe au sein de la société israélienne qui est exactement le contraire de l'Apartheid.

Et puis, il manquait au tableau une accusation de taille, la pièce maitresse si vous me permettez l'expression : le génocide.

Israël a commis un génocide. Ni plus, ni moins. Quelques jours après les massacres du 7 octobre, l’accusation commence à être lancée et relayée immédiatement en occident par tous les aboyeurs financés par leurs commanditaires islamistes.

Un GENOCIDE c’est-à-dire l'extermination de masse planifiée et orchestrée d'un peuple entier, le peuple palestinien hissé au rang de victime ultime, par le peuple juif désormais érigé en bourreau suprême de notre époque.

Voilà le tableau est complet : les Palestiniens ont remplacé les Juifs dans les bonnes consciences occidentales et il est donc maintenant possible de haïr les Juifs en toute légitimité et en toute impunité.

La stratégie paye. L’antisémitisme n’a jamais été aussi haut, violent et actuel depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Chronique de Daniel Saada sur Radio J du 18/01/2026
Daniel Saada était ambassadeur d'Israël en France

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER QUOTIDIENNE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIl CLIQUEZ ICI https://israj.media-j.com/newsletter

POUR RECEVOIR NOS INFORMATIONS EN DIRECT SUR WHATSAPP CLIQUEZ ICI http://tiny.cc/IsrajInfoIsrael