En arrivant à Nahalat Binyamin en milieu de journée, vers 14 h ou 15 h, on peut facilement passer à côté de l’essentiel. Une rue plutôt banale. Quelques boutiques rénovées, d’autres moins. Des étudiants penchés sur leurs ordinateurs dans les cafés, un livreur Wolt qui fend la circulation. Un décor tel-avivien presque scolaire.
Puis vient le soir.
Entre 19 h 30 et 20 h 30, quelque chose bascule. Le contraste entre le jour et la nuit est si net qu’il en devient presque comique. La municipalité ferme la rue à la circulation, et soudain, Nahalat Binyamin respire. Littéralement.
Les tables s’étendent, les voix montent, les corps occupent l’espace. La rue cesse d’être un simple axe urbain pour devenir autre chose : un lieu de débat, de confrontation, de confidences et parfois de colère. Ici, on ne vote pas, on ne lève pas la main, mais on parle. Beaucoup. De tout. Et surtout du pays.
Car le soir venu, Nahalat Binyamin se transforme en une sorte de parlement à ciel ouvert, sans ordre du jour ni présidence, mais avec une matière première inépuisable : les Israéliens eux-mêmes. Des artistes, des réservistes, des étudiants, des militants, des sceptiques, des désabusés. On discute politique, guerre, économie, société, avenir. On s’interrompt, on se contredit, on rit parfois. On s’emporte aussi.