Confronté à une vague de protestations d'une ampleur inédite, le Guide suprême iranien Ali Khamenei a relevé ce samedi le niveau d'alerte du pays et ordonné aux Gardiens de la révolution de réprimer les manifestations qui menacent la stabilité du régime, selon le Telegraph britannique.
L'état d'alerte actuel dépasse celui observé lors de la guerre de douze jours contre Israël il y a six mois. Des bases de missiles souterraines ont été mises en état d'alerte, Téhéran redoutant une attaque israélienne qui profiterait de l'instabilité intérieure, d'autant que le président américain Donald Trump a de nouveau menacé d'intervenir pour protéger les manifestants.
« Nous suivons la situation de très près", a déclaré le président américain vendredi. "J'ai déclaré fermement que s'ils recommencent à tuer des gens comme par le passé, nous interviendrons. Nous les frapperons là où ça fait mal. Et cela ne signifie pas forcément un déploiement de troupes au sol, mais bien une riposte ferme. »
Des défections au sein des forces de sécurité
Selon l'organisation norvégienne de défense des droits humains Hengaw, certains membres des forces de sécurité auraient refusé d'obéir aux ordres de tirer sur les manifestants. Les Gardiens de la révolution rechercheraient activement ces éléments dissidents, dont plusieurs auraient déjà été arrêtés.
Un haut responsable iranien a confirmé que Khamenei s'appuyait exclusivement sur les Gardiens de la révolution plutôt que sur l'armée ou la police, estimant le risque de défections au sein de cette force « quasi inexistant ». « Il a confié son destin aux Gardiens de la révolution », a-t-il déclaré, ajoutant que le Guide suprême « ne quitterait pas Téhéran, même si des bombardiers B-52 survolaient la ville ».
Un bilan humain très lourd
Les bilans varient selon les sources, mais convergent vers une répression sanglante. L'organisation norvégienne Hengaw fait état d'au moins 51 manifestants tués, tout en soulignant que le bilan réel est probablement plus élevé. L'organisation américaine Human Rights Activists in Iran évoque quant à elle des dizaines de morts parmi les manifestants, 15 membres des forces de sécurité tués et au moins 2 300 arrestations.
Un médecin d'un hôpital de Téhéran a confié au magazine Time que plus de 200 personnes seraient décédées dans la capitale, la plupart tuées par balles. Certaines victimes auraient été touchées par des tirs de mitrailleuse devant un commissariat du nord de Téhéran. Les hôpitaux de la ville sont submergés par l'afflux de blessés, dont beaucoup présentent des blessures aux yeux, une tactique déjà dénoncée lors de précédentes manifestations.
Un manifestant, contacté via le service satellite Starlink, a affirmé au Guardian que des tireurs d'élite étaient positionnés dans le quartier huppé de Tarish Arg. « Nous avons vu des centaines de corps », a-t-il témoigné, une affirmation impossible à vérifier mais corroborée par d'autres témoignages.