Alors que la ville marque son 50ᵉ anniversaire, le musée incarne l’aboutissement d’un rêve né au début des années 1980 dans un paysage alors désertique. En 1981, l’artiste Moshe Castel, né à Jérusalem en 1909 et formé entre Paris et New York, découvre ce promontoire en route vers la mer Morte. Séduit par la beauté austère du lieu, il demande à acquérir le terrain pour y construire un musée et s’y installer. Dans une note manuscrite adressée à son épouse Bilha, il évoque déjà « un palais à Maalé Adumim, notre Taj Mahal ». Castel décède en 1991 sans voir son projet aboutir. Pendant vingt-cinq ans, Bilha Castel consacre son énergie, ses moyens et sa détermination à donner corps à cette vision, en collaboration avec l’architecte israélien de renom David Resnick. Le musée ouvre finalement ses portes en 2010. La maison de Bilha, attenante au bâtiment et restée inoccupée depuis sa disparition en 2016, est aujourd’hui ouverte exceptionnellement au public.

Moshé Castel za"l
À l’intérieur, le musée expose désormais près de 80 œuvres de Moshe Castel, accompagnées de textes explicatifs en hébreu et en anglais. Sa mission première est claire : faire connaître l’homme derrière une œuvre omniprésente mais souvent anonyme aux yeux du grand public. « Beaucoup reconnaissent ses créations sans connaître son nom », explique le directeur général Hagai Sasson. Les reliefs de basalte de Castel ornent depuis les années 1960 la résidence du président israélien et les murs de la Knesset, mais l’artiste n’a jamais obtenu la reconnaissance institutionnelle à la hauteur de son influence.
Paradoxalement, alors que ses œuvres figurent au Vatican, à la Tate Gallery de Londres, au MoMA de New York ou encore au Museum of Fine Arts de Boston, Castel n’a jamais reçu le prix Israël, ni bénéficié d’une grande rétrospective à l’Israel Museum. Son dernier solo au musée de Tel-Aviv remonte à 1973. Plusieurs raisons expliquent cet effacement : son identité séfarade dans un milieu artistique dominé par des élites ashkénazes européennes, son indépendance commerciale, mais aussi le caractère jugé « trop juif » de son art, profondément enraciné dans la Bible, le Mur occidental, les prêtres du Temple ou encore les lettres hébraïques anciennes.
Depuis deux ans et demi, le musée élargit son propos. Sous l’impulsion de Sasson et du directeur artistique et commissaire Alek D. Epstein, il met en lumière d’autres figures majeures de l’art israélien restées dans l’ombre. Des artistes comme Yitzhak Frenel, Mordechai Avniel ou Shmuel Bonneh ont ainsi bénéficié de leurs premières expositions personnelles en Israël depuis des décennies. Le musée donne aussi une place à des artistes contemporains marginalisés pour des raisons politiques ou géographiques, notamment au-delà de la Ligne verte. Cette approche se reflète également dans la création, en 2023, du Prix Moshe Castel pour la contribution exceptionnelle à l’art israélien, destiné à valoriser une peinture figurative profondément ancrée dans les thèmes juifs et israéliens, à contre-courant de certaines tendances dominantes.

Chaque exposition entretient un lien avec l’identité nationale et l’histoire personnelle de Castel : hommage à Jérusalem pour l’anniversaire de sa réunification, séries d’autoportraits pour célébrer l’indépendance d’Israël, ou encore exposition d’artistes survivants de la Shoah, rappelant que Castel parvint à quitter Paris pour la Palestine mandataire dès 1940.
L’œuvre de Castel, longtemps mûrie, trouve son expression la plus emblématique dans ses reliefs monumentaux en basalte, inspirés des pierres gravées de synagogues antiques de Galilée. Mélangeant roche locale, sable, pigments profonds et symboles proto-hébraïques, il voulait créer un art issu littéralement de la terre d’Israël. « Il était essentiel pour lui que l’art israélien naisse du sol lui-même », résume Eli Raz, ancien directeur du musée.
Aujourd’hui, le Moshe Castel Museum of Art s’impose comme un lieu à la fois artistique, civique et mémoriel. Un espace où les artistes oubliés trouvent enfin reconnaissance, et où le rêve esquissé sur le papier par Moshe Castel s’est transformé en un véritable centre de rayonnement culturel, dominant Jérusalem et les collines de Judée.
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