Israël

''Le sourire n'est qu'une façade'': le témoignage bouleversant de Romi Gonen

L'ancienne otage s'est livrée sur la chaine N12 pour la deuxième partie de son témoignage.

7 minutes
2 janvier 2026

ParGuitel Benishay

''Le sourire n'est qu'une façade'': le témoignage bouleversant de Romi Gonen
Photo: Famille

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Romi Gonen témoigne avec un courage rare de ses 471 jours de captivité à Gaza. Dans la seconde partie de son interview diffusée jeudi soir dans l'émission "Uvda" sur N12, l'ancienne otage lève le voile sur les conditions de détention dans les tunnels et révèle sa rencontre avec un haut responsable du Hamas.

Romi Gonen s'exprime avec précaution. Le sourire qu'elle affiche depuis son retour, explique-t-elle, n'est pas le signe que tout va bien - c'est un masque. "Les gens préfèrent croire que tout est derrière moi, ils sont moins prêts à reconnaître la profondeur du traumatisme", confie-t-elle.

Dans la première partie de son témoignage bouleversant diffusée la semaine dernière, elle avait révélé pour la première fois les agressions sexuelles subies pendant sa détention : "J'ai subi différents types de harcèlement de la part de quatre hommes différents durant ma captivité, à quatre niveaux de gravité différents."

C'est maintenant, avec le retour des otages vivants, qu'elle s'autorise à parler librement. "Non pas parce que la douleur s'est atténuée - mais parce que ce qui se dit à l'extérieur peut affecter ceux qui sont restés derrière."

Elle évoque également la manière dont les ravisseurs ont tenté de contrôler le récit. Selon elle, des otages libérés avant elle ont été contraints d’affirmer publiquement qu’ils avaient été bien traités et que les témoignages des sévices étaient mensongers. Ceux qui parlaient autrement étaient présentés comme des menteurs. Cela faisait partie d’un effort systématique visant à faire taire, à discréditer et à contrôler la parole, même après la libération.

Ainsi, entre le sourire affiché et la réalité intérieure, entre les tunnels et ce qui se dit à la surface, Romi tente d’expliquer : la captivité ne s’achève pas au moment de la libération. Elle continue d’imposer la prudence, la peur et surtout un silence forcé.

Romi décrit l’entrée dans les tunnels comme un processus d’adaptation imposé. Le corps met du temps à s’habituer à l’humidité, au manque d’air, à l’inconfort physique extrême. Chaque mouvement devient un effort.

Elle distingue clairement les combattants présents dans les tunnels des autres. Ceux-ci étaient plus religieux, ce qui se ressentait dans leur comportement quotidien. Lorsqu’ils s’asseyaient pour parler, le terroriste en face d’elle évitait de la regarder dans les yeux, notamment parce qu’elle ne portait pas de hijab.

Après quelques heures, un autre homme est arrivé pour lui annoncer que le commandant principal souhaitait la voir. Lors de leur rencontre, il lui a dit qu’elle devait être libérée dans les cinq jours — un accord était en cours, et elle figurait parmi les premières à sortir. À ce moment-là, Romi a pris une décision intérieure : effacer de son esprit les 34 jours précédents et s’accrocher à l’idée qu’elle rentrerait chez elle dans quelques jours.

Cette information a transformé son état psychologique. L’atmosphère a changé, non pas parce que la réalité s’était améliorée, mais parce que l’espoir s’était infiltré.

Finalement, rien ne se passe et un jour un commandant l’informe que deux autres otages pourraient être amenées. Romi a immédiatement demandé qu’on les fasse venir. Peu après, la porte de la cage s’est ouverte et Agam Berger est entrée.

Peu après, Liri les a rejointes. Les trois femmes ont immédiatement créé un lien. Agam et Liri ont retiré leur hijab et ont commencé à parler librement. Pour Romi, c’était un moment humain exceptionnel au cœur de la captivité. Elle leur a demandé d’où elles venaient et comment elles avaient été enlevées.

À travers leurs récits, Romi a commencé à comprendre l’ampleur des événements et ce qui se passait à l’extérieur: le nombre important d'otages, le fait que parmi eux se trouvaient aussi des personnes âgées et des enfants. La nuit est passée sans sommeil, tant l’adrénaline et la charge émotionnelle étaient fortes.

Avec Agam et Liri à ses côtés, elle sentait qu’elle pouvait faire face à la captivité, voire la surmonter. Mais le lendemain matin, un nouveau choc est survenu : Daphna et Ella Elyakim, deux enfants, ont été introduites dans la cage. Voir une enfant de huit ans a brisé toute illusion et rendu la réalité insoutenable pour Romi.

Au 40ᵉ jour de la guerre, Emily a rejoint Romi. Romi interroge les autres filles afin de savoir si elles ont aussi des agressions sexuelles. Elle comprend que non, ce qui lui procure à la fois un soulagement et une douleur profonde. « Ce n’est pas juste », a-t-elle pensé au plus profond d'elle, tout en se réjouissant que d'autres n'aient pas eu à subir ces sévices.

C’est en écoutant les récits des autres femmes qu’elle a compris à quel point sa situation avait été la plus grave. Le choc fut immense : comment se relève-t-on de cela ?

Elle raconte qu’elle devait sans cesse se justifier. Les terroristes lui demandaient de « raconter son histoire », puis l’accusaient de mentir, se servant du fait qu’à son arrivée dans le tunnel, elle avait nié toute agression. Pour elle, c’était une nouvelle forme de déni et de culpabilisation de la victime.

À un moment donné, on lui a ordonné de mettre un hijab et on lui a dit qu’elle ne rentrait pas chez elle, mais qu’elle serait transférée auprès des commandants. La peur l’a envahie. Elle a pensé que l’homme qui l’avait agressée l’attendait.

Puis un événement inhabituel s’est produit : on lui a passé un téléphone. De l’autre côté, un homme parlait hébreu. Elle a compris qu’il s’agissait d’un haut responsable du Hamas (plus tard identifié comme Izz al-Din al-Haddad). Il lui a demandé de raconter tout ce qui s’était passé.

À la fin de la conversation, il lui a été dit qu’elle serait placée en tête de la liste des libérations. En échange, elle devait se taire. Ne rien dire à personne. Romi n’a pas hésité : elle a accepté. Son seul objectif était de rentrer chez elle.

Le vendredi matin, des explosions ont retenti. Les otages ont compris que l’accord avait échoué. Pour Romi, ce fut un effondrement brutal de l’espoir, au 55ᵉ jour de la guerre.

Plus tard, Romi et Emily ont été transférées dans un autre tunnel, où elles sont restées environ 35 jours veillant l'une sur l'autre.

Finalement, un matin, Romi a compris que cela se produisait : elle allait être libérée. Le chemin vers la liberté a été chargé de tension, jusqu’à leur arrivée en Israël, où elles ont été accueillies par des soldats et des psychologues. Izz al-Din Al Haddad, le chef terroriste était dans la voiture avec elle et Emily sur le trajet vers le véhicule de la Croix Rouge. Assis à côté du conducteur, il s'est retourné vers elles et a demandé comment elles allaient, comme s'il s'agissait d'une conversation ordinaire. Tout au long du trajet, il a mené avec elles des conversations presque normales, dans une tentative de créer un sentiment de normalité juste avant la fin.

Puis, juste avant qu'elles ne descendent de la voiture, il s'est directement adressé à Romi et lui a demandé si elle se souvenait de la promesse qu'elle lui avait faite. Elle a répondu oui. Il l'a regardée et a dit qu'il espérait qu'elle la tiendrait. C'était un dernier rappel, clair et sans équivoque, du prix qui lui était demandé même dans ses premiers moments de liberté.

Elle conclut : on a tenté de faire taire son histoire. Aujourd’hui, elle refuse le silence. On lui a dit de ne pas parler, de ne pas raconter, de garder les choses pour elle. Maintenant, elle est assise devant la caméra et déclare : plus personne ne lui dira de se taire ou ce qu'elle est autorisée à dire. Ce qu’elle a vécu est réel et terrible. Elle en porte les traces chaque jour, mais elle est vivante, elle parle, et elle est plus forte que ce qu’elle a traversé, affirme Romi.

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