Dans un document de 69 pages adressé jeudi soir à la Cour suprême, Gali Baharav-Miara, la conseillère juridique du gouvernement, a franchi un cap sans précédent en demandant aux juges d'obliger le Premier ministre Binyamin Netanyahou à justifier le maintien en fonction du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.
Selon Baharav-Miara, le ministre "abuse de sa fonction pour influencer de manière inappropriée l'activité de la police israélienne dans les domaines les plus sensibles de l'application de la loi et des enquêtes", portant ainsi atteinte aux "principes démocratiques fondamentaux".
La conseillère estime qu'il n'est désormais "plus possible de protéger le public contre la conduite systématique portant atteinte à l'indépendance de la police", qui met en danger "son caractère d'organe d'État et apolitique". Elle considère que cette situation entraîne "une atteinte réelle aux valeurs démocratiques fondamentales".
Dans son rapport remis à la Cour suprême, la conseillère juridique affirme que les interventions du ministre dans le travail de la police sont devenues "la norme et l'habitude", et les effets négatifs ne sont "pas théoriques mais tangibles". Elle évoque même un "dommage potentiellement irréversible".
Baharav-Miara justifie sa démarche exceptionnelle par l'absence d'action du Premier ministre sur cette question qu'elle a porté devant la justice depuis plusieurs mois.
La conseillère demande à la Cour d'émettre une ordonnance conditionnelle qui "transférera la charge de la preuve au Premier ministre", l'obligeant à "clarifier et convaincre pourquoi il n'agit pas pour relever le ministre de ses fonctions".
Elle reproche à Netanyahou de n'avoir pris aucune mesure pour "mettre fin à l'atteinte aux valeurs démocratiques fondamentales" et de se contenter, dans sa réponse de "rejeter les allégations" sans apporter de "réponse à la réalité décrite".