Yoni Finlay, 39 ans, résidant de Manchester, a survécu à l'attentat perpétré contre la synagogue de Heaton Park le jour de Kippour cette année.
Dans un entretien publié hier soir (samedi) dans le quotidien britannique The Times, Yoni a relaté pour la première fois son vécu de ces moments tragiques et évoqué ses réflexions concernant une éventuelle alya, dans un contexte de montée de l'antisémitisme en Grande-Bretagne.
Le jour de Kippour dernier, Yoni devait diriger l'office du matin. À 9h30, alors que 37 fidèles se trouvaient sur place, un bruit violent retentit à l'extérieur.
Peu après, les fidèles comprirent que le vigile à l'entrée, Bernard Agyemang, avait été renversé et blessé après que le terroriste – Jihad Al-Shami – a enfoncé le portail d'entrée avec son véhicule avant de poignarder des fidèles à l'extérieur.
Le terroriste tenta de forcer trois entrées différentes, tandis que Yoni, accompagné d'autres personnes, maintenait les portes de toutes leurs forces. S'ils n'avaient pas tenu bon, « le terroriste serait parvenu à pénétrer à l'intérieur ». À un moment donné, le terroriste a hurlé : « C'est pour les enfants que vous avez tués ».
Les forces de l'ordre sont arrivées quelques minutes plus tard. Le terroriste se précipita vers elles avant d'être abattu. L'une des balles traversa son corps, franchit la porte de la synagogue et atteignit directement Yoni. Le projectile traversa sa poitrine, ressortit par le dos et poursuivit sa course pour atteindre le fidèle Adrian Dolby, qui décéda sur le coup.
M. Finlay raconte qu'immédiatement après avoir été touché, il ressentit « un coup de poing violent », mais sans douleur immédiate. Yoni fut évacué par hélicoptère vers l'hôpital après gravement atteint aux poumons et après avoir perdu beaucoup de sang. Il est resté hospitalisé pendant dix jours sous surveillance policière.
Ce n'est qu'à son réveil qu'il appris le décès de deux fidèles de sa communauté dans l'attentat. Il évoque un « sentiment de culpabilité écrasant » : « Je parle de guérison, mais eux ne sont pas rentrés chez eux. Pourquoi suis-je en vie alors qu'ils ne le sont pas ? »
Bien qu'atteint par une balle tirée par un policier, Yoni Finlay précise n'avoir aucun grief envers les forces de l'ordre : « Ils ont couru vers le danger pour nous protéger. Je ne voudrais pas qu'un seul policier perde son emploi à cause de ce qui s'est produit. »
Parallèlement, il décrit une recrudescence de l'antisémitisme en Grande-Bretagne depuis le 7 octobre : manifestations anti-israéliennes, violences verbales et physiques – ses propres enfants ayant également subi de l'antisémitisme à l'école.
Cette situation l'amène, lui et son ex-épouse, à envisager sérieusement de faire leur alya avec leurs quatre enfants : « C'est mon foyer, j'aime Manchester, mais je ne suis pas certain de pouvoir y élever mes enfants. », confie-t-il.