Le Comité des Nations Unies contre la torture a publié vendredi un rapport accablant sur les pratiques carcérales israéliennes, révélé par le quotidien britannique The Guardian. Selon ce document, Israël applique une "politique de facto de torture organisée et généralisée" à l'encontre des prisonniers palestiniens.
Le comité onusien exprime sa "profonde préoccupation" face aux allégations de passages à tabac répétés, d'attaques de chiens, d'électrocution, de simulation de noyade, d'utilisation prolongée de positions de contrainte et de violences sexuelles. Le rapport détaille également des pratiques d'humiliation où les détenus auraient été "contraints de se comporter comme des animaux ou victimes d'attouchements sexuels".
Les experts dénoncent en outre une privation systématique de soins médicaux et un usage excessif de moyens de contention, "ayant même entraîné des amputations dans certains cas".
Le comité, composé de dix experts indépendants, s'alarme de la détention de milliers de Palestiniens – hommes, femmes et enfants – pendant de longues périodes sans jugement. Citant des données de l'organisation israélienne B'Tselem, le rapport indique qu'à fin septembre, 3 474 Palestiniens étaient en détention administrative dans les prisons israéliennes, c'est-à-dire sans inculpation.
Le sort des mineurs préoccupe particulièrement les experts. Le rapport révèle qu'un grand nombre d'enfants sont détenus sans charges ni prolongation formelle de leur détention, certains ayant moins de 12 ans – l'âge de la responsabilité pénale en Israël. Les enfants classés comme "prisonniers de sécurité" sont isolés de leurs familles, peuvent être placés à l'isolement et n'ont pas accès à l'éducation, en violation des normes internationales.
75 morts en détention depuis le début de la guerre, selon le rapport
Le rapport affirme que 75 Palestiniens sont décédés en détention depuis le début de la guerre à Gaza, leurs conditions de vie s'étant "considérablement détériorées" durant cette période. Le comité juge ce nombre de décès "exceptionnellement élevé" et note qu'il "semble n'avoir touché que les prisonniers palestiniens". À ce jour, "aucune personnalité politique officielle n'a été tenue responsable de ces décès", déplore le document.
Le gouvernement israélien a nié à plusieurs reprises recourir à la torture. Des représentants du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Justice et de l'administration pénitentiaire ont affirmé devant le comité que les conditions de détention étaient "adéquates et sous surveillance".
Toutefois, les experts onusiens relèvent qu'aucune poursuite pénale pour actes de torture ou mauvais traitements n'a été engagée au cours des deux dernières années, malgré les nombreuses allégations. Une seule condamnation pour torture ou mauvais traitements a été prononcée en Israël sur cette période.