Le président du parti Ra’am, Mansour Abbas, longtemps présenté comme un symbole de coexistence lors du gouvernement Bennett-Lapid (2021-2022), fait face à une série de turbulences politiques qui pourraient menacer la présence de son parti à la Knesset. Le climat s’est alourdi après l’annonce du président américain Donald Trump, qui souhaite classer certains chapitres des Frères musulmans comme organisations terroristes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a immédiatement salué cette initiative, rappelant que « l’État d’Israël a déjà interdit une partie de cette organisation » et précisant travailler à « compléter cette action ».
Or, Ra’am est directement lié à la branche sud du Mouvement islamique en Israël, elle-même rattachée idéologiquement aux Frères musulmans. La branche nord, elle, est déjà interdite par Jérusalem. Abbas a réagi prudemment, déclarant que son parti « examine la question sur les plans politique et juridique », tout en accusant Netanyahu de vouloir « influencer les élections à l’avance ».
Mais une autre affaire complique davantage la situation : les autorités israéliennes étudient la fermeture de l’ONG « Aid 48 », proche de Ra’am, soupçonnée d’avoir transféré des fonds ou collaboré avec des organisations à l’étranger classées terroristes ou liées à des réseaux terroristes. Une procédure particulièrement sensible, qui jette une ombre sur l’entourage du député.
L’embarras s’est accentué il y a deux semaines sur les ondes de Kan Reshet Bet, lorsqu’Abbas a été interrogé sur sa vision pour la bande de Gaza après un éventuel cessez-le-feu. Il a évoqué « une nouvelle réalité de gouvernance » où « le peuple palestinien choisira sa direction ». À la question directe : « Hamas doit-il être détruit ? », Abbas s’est emporté, dénonçant un « interrogatoire » avant de mettre fin abruptement à l’entretien – un moment largement commenté dans l’opinion publique.
Pourtant, le député avait déjà marqué les esprits par des prises de position claires. En 2020, il fut le premier élu arabe à prononcer un discours de commémoration de la Shoah à la Knesset. Après le massacre du 7 octobre, il avait condamné « des actes contraires à notre humanité, notre religion et notre identité ». Il avait même affirmé que « l’État d’Israël est né en tant qu’État juif et le restera ».