J'ai lu avec beaucoup d'attention les propos tenus récemment par le Chef d'état-major des armées français qui ont soulevé en France une polémique.
J'ai suivi cela avec beaucoup d'intérêt je l'avoue, car comment ne pas comprendre pour nous autres Israéliens le sens profond de son message.
L'écho de ces déclarations résonne très fort pour chacun d'entre nous. Y-a-t 'il un parent israélien qui, à la naissance d'un nouvel enfant et ce depuis des générations déjà, ne souhaite-t-il pas pour lui qu'une seule chose : qu'il n'ait plus à faire l'armée, que la paix enfin soit instaurée avant que cet enfant n'atteigne ses 18 ans.
C'est la prière individuelle et collective de tous les Israéliens, le rêve ardent qui a remplacé celui millénaire du retour à Sion. Songer, aspirer, prétendre, fantasmer à cesser de devoir sacrifier tant et tant de nos enfants.
En d'autres termes et pour reprendre ceux qu'a prononcés le général Fabien Mandon il faut que la France, comme nous Israéliens l'avons fait et le faisons depuis la première minute de notre existence, soit prête "à perdre ses enfants".
Ce message n'est pas alarmiste ni défaitiste, bien au contraire : il touche je crois au cœur même du destin de chaque nation.
Car il faut le rappeler : les armées peuvent remporter des batailles, s'imposer dans des conflits ; mais seules les nations gagnent les guerres. Seules les nations qui ont le courage d'envoyer leurs enfants se battre et risquer leurs vies pour défendre leurs valeurs, pour protéger les vertus et les principes qui font la grandeur d'une nation et sa raison d'être. C'est la seule jauge de l'héroïsme et du courage.
Car il en faut du courage pour un parent d'envoyer son enfant sur le champ de bataille. Il en faut du courage pour un chef d'Etat d'envoyer ses soldats à la guerre.
C'est ce courage et cette détermination que nous avons en abondance en Israël, pour risquer la vie de nos enfants pour nous permettre de continuer "d'être un peuple libre sur la terre de nos ancêtres, la terre de Sion et de Jérusalem".
C'est ce courage et cette détermination qui semble donc cruellement manquer à la France, je reprends ici à nouveau la déclaration du Chef d'état-major : "ce qui nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour défendre la Nation. (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. Si nous ne sommes pas prêts à cela, alors nous sommes en risque".
Tirer la sonnette d'alarme, lancer l'alerte, appeler à la mobilisation, ouvrir les yeux et stimuler les esprits à cette grandeur d'âme que nous venons d'évoquer est une bonne chose.
C'est incontestablement aussi une grande preuve de force, d'audace et de courage de la part du Général Mandon que d'avoir osé appréhender avec une telle transparence cette question essentielle au devenir de la France et de l'Europe.
Cependant, comment ne pas y voir également une grande faiblesse résidant dans une erreur fondamentale : celle de la désignation de l'ennemi.