L’élimination à Beyrouth d’Ali Tabatabaï, chef d’état-major du Hezbollah et numéro deux de l’organisation, place aujourd’hui le mouvement chiite dans une position délicate. Officiellement, le Hezbollah a confirmé la mort de son haut commandant – mais sans la moindre menace de riposte. Au Liban, médias et analystes parlent d’un “carrefour critique”, où chaque option comporte un risque majeur : une réponse militaire pourrait déclencher une guerre totale ; l’absence de réponse effacerait ce qu’il reste de sa stratégie de dissuasion.
Selon Khalil Nasrallah, commentateur libanais proche du Hezbollah interviewé par la chaîne Al-Mayadeen, toutes les options restent ouvertes. Le mouvement, dit-il, observe plusieurs paramètres : la situation régionale, son rapport de force interne au Liban, renforcé ces derniers mois,et surtout son propre niveau de reconstitution depuis les dernières frappes israéliennes. « La vraie question est de savoir à quel point l’organisation a réussi à se reconstruire. Si elle est encore en phase de redressement, aucune grande riposte ne peut être envisagée », explique-t-il. À ses yeux, le Hezbollah n’est pas obligé de répondre : il n’a pris aucun engagement public en ce sens.
Le quotidien libanais Al-Modon décrit la situation en termes tranchés : Israël aurait « brisé une nouvelle ligne rouge » en frappant en plein cœur de la banlieue sud de Beyrouth. Le journal y voit l’ouverture d’une nouvelle phase, annoncée par Benjamin Netanyahou il y a quelques jours, marquée par une intensification des frappes israéliennes — drones, aviation, opérations ciblées. Selon Al-Modon, le Hezbollah se retrouve coincé entre deux extrêmes : riposter au risque d’apparaître comme l’agresseur aux yeux de la communauté internationale et de précipiter le Liban dans une guerre totale ou se contenir au risque d’annuler de facto ses capacités de dissuasion acquises au fil des années.

« L’agression contre la Dahiya : Israël a fait tomber les interdits »
D’après le journal, la décision semble déjà prise : le mouvement opterait pour la retenue, convaincu que la conjoncture régionale ne lui permet plus d’agir comme jadis. La Syrie n’est plus un soutien fiable, la rue libanaise est hostile, et le monde arabe maintient ses distances. Le Hezbollah, écrit Al-Modon, « choisit de porter la douleur », pour éviter d’offrir à Netanyahou une escalade au moment qui lui serait le plus favorable.
