Ce qui se passe aujourd’hui en Iran ressemble beaucoup à la situation du Liban – presque un miroir.
D’un côté, des voix de plus en plus nombreuses à Téhéran réclament la reprise de pourparlers avec Washington, notamment sur le démantèlement du programme nucléaire et balistique, afin de faire face à la grave crise économique et à la pénurie d’eau qui menace la survie du régime. De l’autre, les conservateurs exigent vengeance pour « l’humiliation » subie pendant la « guerre des douze jours » et poussent le guide suprême Ali Khamenei à ordonner une reconstruction accélérée des capacités militaires perdues pour pouvoir de nouveau menacer Israël.
Dans les deux camps – modérés comme ultraconservateurs – un même sentiment d’alarme prévaut : Israël pourrait profiter du fait que la guerre a anéanti l’essentiel du réseau de défense aérienne iranien, qui protégeait le pays d’éventuelles frappes, pour tenter de « terminer le travail » — c’est-à-dire faire tomber le régime des ayatollahs. Cette option aurait été envisagée mais stoppée à la demande du président américain Donald Trump dans les derniers jours de l’opération « Am Ke'Lavi ».
À Jérusalem, l’armée et les services de renseignement suivent de très près l’activité militaire iranienne, redoutant une mauvaise interprétation ou une escalade involontaire.
En pratique, Khamenei semble actuellement opter pour la ligne dure, guidée par les Gardiens de la Révolution. Malgré les efforts discrets et publics de l’administration Trump pour relancer des pourparlers sur le nucléaire et les missiles, le guide suprême refuse toute négociation, même secrète, y compris via des pays médiateurs comme Oman, le Qatar ou des États européens. Washington a combiné promesses d’allègement des sanctions et pressions économiques, sans résultat. Khamenei déclare ouvertement qu’il ne fait plus confiance aux États-Unis depuis que l’installation nucléaire de Fordow a été bombardée conjointement par Israël et l’armée américaine : « J’ai perdu toute confiance en eux », aurait-il confié à ses proches, selon la télévision iranienne.
En Israël, certains estiment que faute d’accord diplomatique durable, empêchant la reconstitution d’un arsenal nucléaire et balistique, une nouvelle confrontation militaire sera inévitable.
Un haut responsable sécuritaire a confié : « Nous surveillons chaque jour la situation en Iran. Si Téhéran franchit les lignes rouges que nous nous sommes fixées, nous agirons sans hésitation pour neutraliser la menace. »
Pour l’heure, ni Washington ni Jérusalem ne perçoivent de signes immédiats de représailles iraniennes, ni de préparation d’une frappe contre Israël pour venger la défaite d’“Am Ke'Lavi”.
Selon des sources américaines et arabes, l’Iran n’a pas relancé ses efforts d’enrichissement.
Bien que le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi continue d’affirmer que « le droit de Téhéran à enrichir de l’uranium n’est pas négociable », le pays dispose déjà d’environ 400 kg d’uranium enrichi à 60 % et de plusieurs centaines de kilos à 20 %. Israël n’a ni bombardé ni détruit ces stocks, enfouis profondément sous terre, notamment pour éviter un risque de contamination radioactive en cas de frappe directe. En théorie, ces réserves permettraient à l’Iran de fabriquer jusqu’à cinq bombes nucléaires, bien que cela reste hypothétique pour l’instant.