Depuis l’attaque du 7 octobre et la guerre contre le Hamas, le rapport à la religion a changé dans de nombreux foyers juifs. En France, où la communauté vit sous tension face à une flambée d’actes antisémites, beaucoup parlent d’un réflexe de retour aux racines : fréquentation renforcée des synagogues lors des fêtes, allumage plus régulier des bougies de shabbat, achat de mezouzot et de tefillin, participation accrue aux collectes pour Israël. « La foi et la communauté sont redevenues un refuge », confient des responsables associatifs.
Selon une grande enquête démographique de l’INSEE publiée en 2024, 75 % des Juifs français déclarent s’identifier à une pratique religieuse et 84 % transmettent la tradition à leurs enfants, un chiffre confirmé par les écoles et mouvements de jeunesse mobilisés depuis le début de la guerre. L’étude note aussi que 34 % des Juifs français fréquentent régulièrement un lieu de culte, contre 8 % chez les catholiques. En Israël, plusieurs sondages (dont ceux du Jerusalem Post et de Channel 12) montrent également une intensification de la pratique « traditionnelle », tout en révélant chez certains jeunes une quête spirituelle plus personnelle, parfois traversée par des doutes.
Côté musulman, la guerre a galvanisé les mobilisations pro-Gaza et ravivé, dans une partie de la jeunesse, un sentiment d’appartenance religieuse. Des prédicateurs et influenceurs évoquent des conversions « par solidarité avec Gaza », chiffres viraux à l’appui — jusqu’à « + 400 % en Europe ». Mais les centres de recherche, comme le Pew Research Center et l’Observatoire du religieux (CNRS-EPHE), appellent à la prudence : les flux réels seraient bien plus modestes, même si la tendance à la visibilité religieuse s’est indéniablement renforcée, y compris en France. À l’inverse, certains circuits chrétiens rapportent une hausse de demandes de baptême de jeunes issus de familles musulmanes, signe que le choc identitaire produit des mouvements dans plusieurs sens.