C’est une nomination à haut risque. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé ce jour, lundi, la désignation d’Itai Ophir comme procureur général en chef , avec le grade de général de division. L’annonce intervient en pleine tourmente judiciaire, après la démission fracassante de Yifat Tomer-Yerushalmi, mise en cause pour la diffusion illégale d’une vidéo liée au scandale des mauvais traitements présumés infligés à des terroristes palestiniens sur la base de Sdéï Teïman, dans le sud d’Israël. Katz a justifié son choix par la nécessité de nommer un “regard extérieur”, soulignant que plusieurs hauts responsables de la division juridique militaire étaient eux-mêmes mêlés à l’affaire, dont l’ancien procureur militaire Matan Solomush : « Il fallait quelqu’un d’indépendant, capable de restaurer la confiance ».
La nomination d’Ophir a surpris le milieu juridique : ancien conseiller juridique en chef du ministère de la Défense, il n’a aucune expérience en droit pénal ou militaire. Il devra pourtant gérer les aspects judiciaires les plus sensibles du moment — notamment les suites de l’affaire Sdéï Teïman et les accusations de crimes de guerre soulevées par la Cour pénale internationale.
En attendant sa prise de fonctions, le chef d’état-major Eyal Zamir a nommé le général Dado Bar Kalifa, chef du commandement des ressources humaines, pour assurer l’intérim. Ce dernier a d’ailleurs été confronté à des questions tendues lors d’une conférence de presse houleuse sur la capacité du système juridique militaire à fonctionner sans direction stable.
Le processus de nomination a lui-même suscité des remous. Selon la presse israélienne, Benjamin Netanyahu aurait reproché à Katz de ne pas l’avoir consulté avant l’annonce, tandis que Yair Netanyahou, son fils, a publiquement attaqué Ophir sur les réseaux sociaux, le jugeant « trop modéré ».
Le chef d’état-major Zamir, censé recommander les candidats au poste, n’a publié aucun communiqué dans un premier temps — un silence jugé inhabituel. Il est finalement apparu qu’Ophir figurait bien sur la liste des noms transmis par Zamir, avec lequel il avait travaillé lorsqu’il dirigeait le ministère de la Défense entre 2023 et 2024. Katz, pressé d’officialiser sa décision, aurait court-circuité le protocole.