Depuis le 7 octobre 2023, le débat public martèle que « la plupart des soldats tombés viennent de localités religieuses et périphériques ». Une étude fouillée signée par le Dr Roi Naon et le Pr Uzi Ben Shalom, chercheurs à l’Université d’Ariel, apporte des chiffres, des cartes et des comparaisons pour tester cette affirmation. Réalisée jusqu’en août 2024, cette étude repose sur 608 cas de soldats tombés, classés selon le type de localité (ville, kibboutz, moshav, localité communautaire), la coloration religieuse (laïque, sioniste-religieuse, haredi, druze, bédouine, arabe), le district (Sud, Centre, Nord, Haïfa, Jérusalem, Tel-Aviv) et le niveau socio-économique officiel du Bureau central des statistiques (CBS), en dix clusters (1 = plus bas, 10 = plus élevé).
L’analyse distingue trois séquences : 7–8 octobre (choc initial), 9–25 octobre (reconfiguration) et 26 octobre–1er août (manœuvres prolongées).
Premier enseignement : le “tout périphérie” ne tient pas. En volume, 66 % des tombés viennent des clusters socio-éco 6–10 (moyen+ à élevé) et 23,4 % du cluster 5 ; les clusters 1–4 ne pèsent que 10,6 %. Rapporté à la population de chaque cluster, les taux relatifs les plus élevés se situent en haut de l’échelle (9–10) et dans 6–8, les plus faibles dans 1–4. Autrement dit : proportionnellement à leur poids démographique, les localités plus favorisées paient elles aussi un lourd tribut — bien au-delà des clichés.
L’étude conclut ainsi qu’il existe une certaine équité du fardeau militaire entre les couches socio-économiques, contrairement à ce que laisse entendre le discours dominant.
Deuxième enseignement : la propension combattante compte. Les localités sionistes-religieuses contribuent fortement aux tombés, tout comme, en taux, les kibboutzim et moshavim — surtout dans la troisième phase, lorsque les unités de combat et spéciales sont intensément engagées. Les grandes villes et conseils locaux apparaissent plus proches de leur poids démographique. À l’inverse, les localités arabes et haredi — faible obligation de service ou exemptions structurelles — sont très peu présentes dans les chiffres.