Bonjour Rudy,
Pour Israël, le 7 octobre 2023 n’a pas seulement été le pire jour de son histoire. Ce fut un point de rupture — un « 11 septembre » démultiplié — qui a pulvérisé toutes les certitudes de sa doctrine de sécurité.
Jusque-là, l’État juif s’appuyait sur un triptyque clair : dissuasion, prévention, confinement. La supériorité militaire, des renseignements performants et une gestion mesurée des menaces régionales paraissaient suffisants. Le prix d’un affrontement décourageait ses ennemis d’une guerre d’ampleur.
Mais face à une organisation islamiste prête à tous les sacrifices pour un projet théologique consistant à tuer le plus de Juifs possible, cette logique s’est effondrée.
Là où un État rationnel calcule ses pertes, le Hamas célèbre les siennes. Cette rupture ontologique — entre une démocratie qui chérit la vie et une organisation qui glorifie la mort — rend la dissuasion classique inopérante. Dès lors, nous ne sommes plus dans la gestion du conflit, mais dans une lutte totale.
C’est pourquoi la réponse israélienne a pris la forme d’une nouvelle doctrine, celle du « zéro Hamas ».
Plutôt que de contenir un adversaire affaibli, l’objectif devient son éradication — avec la destruction des infrastructures militaires, la neutralisation des cadres, le démantèlement du contrôle territorial, et son désarmement complet. Il ne s’agit plus d’une politique de demi-mesure, mais bien d’une logique d’éradication assumée face à une entité dont la seule raison d’être est la destruction de l’État juif.
Cette doctrine pousse Israël à revenir à une posture préventive plus offensive : frapper avant d’être frappé, neutraliser les foyers de menace avant qu’ils ne deviennent existentiels. C’est en quelque sorte un retour à la philosophie militaire des années 1960, celle de l’anticipation, mais adaptée à l’ère des guerres hybrides.
Le 7 octobre a également aboli la frontière entre sécurité intérieure et sécurité extérieure avec des civils israéliens attaqués chez eux, sur leur propre sol, tout en introduisant la menace de la destruction directement au cœur des grandes villes, à travers les salves de missiles balistiques iraniens — ce que les roquettes du Hamas, auxquelles les Israéliens étaient habitués, ne parvenaient pas à accomplir.
L’armée, longtemps tournée vers l’extérieur, a donc dû replacer la protection du front intérieur au cœur de ses priorités. Le renseignement, la coordination entre Tsahal, le Shin Bet et la police, la résilience civile — tout doit être repensé.