Les frappes menées par Tsahal hier posent une question cruciale : la pression militaire peut-elle à elle seule réduire l’emprise du Hamas et aboutir à sa désagrégation politique et militaire ? Les voix expertes consultées ces dernières semaines répondent majoritairement par la nuance : oui pour infliger des coûts, non pour garantir une solution durable.
Sur le plan strictement militaire, les frappes détruisent infrastructures, caches et capacités logistiques, ffaiblissent temporairement des réseaux, enlèvent des nœuds de commandement et réduisent la liberté d’action de certains groupes armés. Les attaques contre tunnels et dépôts envoient aussi un message stratégique : Israël entend maintenir la pression et punir les violations du cessez-le-feu. En ce sens, l’impact est réel et immédiat.
Mais l’expérience accumulée — et le constat lucide partagé par plusieurs responsables et analystes — montre aussi les limites de l’approche purement militaire. Après des mois, voire des années, d’engagements intenses, Tsahal a souvent atteint « ce qu’il pouvait atteindre » : frapper des infrastructures n’empêche pas automatiquement la reconstitution d’un appareil militant quand celui-ci dispose d’un ancrage social, d’une chaîne d’approvisionnement et d’un appui politique ou régional. Autrement dit, la destruction matérielle ne suffit pas à faire disparaître un système politique-militaire enraciné.
Deux facteurs politiques compliquent la donne. D’abord, l’accord international-diplomatique récemment porté par l’administration américaine — et soutenu par des puissances régionales — offre au Hamas un espace de négociation et de parrainage -Qatar, Turquie. Ce patronage international limite l’effet dissuasif des frappes : si l’organisation sent qu’elle conserve des soutiens extérieurs prêts à protéger ses intérêts, sa propension à céder diminue. Ensuite, la question de la gouvernance : même une campagne militaire victorieuse laisse un vide politique. Sans plan credible pour remplacer l’autorité du Hamas et restaurer des services civils et de sécurité légitimes, le territoire reste fertile pour la résilience ou la renaissance d’acteurs armés.