Cela fait deux ans. La vie d’avant-guerre ressemble aujourd’hui à un souvenir lointain, presque irréel. Autrefois, le service de réserve – la “milouim” en hébreu, c’est-à-dire l’obligation pour les citoyens soldats de retourner régulièrement sous l’uniforme après leur service militaire – ne durait que deux ou trois semaines par an. C’était perçu comme une mission ponctuelle, parfois presque comme des retrouvailles entre frères d’armes.
Aujourd’hui, tout tourne autour de cette mobilisation. On s’y prépare, on la vit, on s’en remet. Entre deux convocations, on essaie d’imiter la normalité. On fait semblant que tout va bien. On ravale la douleur de voir d’autres reprendre leur routine civile.
Mais ce bouleversement n’est pas seulement logistique : il transforme les identités, les familles, les décisions de vie. Beaucoup cherchent à comprendre le phénomène par des chiffres — divorces, études interrompues, carrières freinées — mais les statistiques n’expriment ni le manque dans les yeux d’un enfant, ni la fierté née au cœur de la boue, ni la frustration d’une conjointe à bout, ni l’incompréhension d’un employeur.
Cette réalité n’est pas uniforme, mais elle touche toutes les unités, toutes les régions, toutes les opinions. La guerre n’est plus une interruption de la vie civile, mais une présence continue, même pendant les pauses.
Ceux qui servent aujourd’hui sont un collectif unique : divers dans leurs idées, mais plus soudés que n’importe quel autre groupe. Ils ne protègent pas seulement les frontières — ils préservent aussi la valeur sacrée de l’acherout, la fraternité combattante. Leur mission leur a peut-être été imposée, mais leur rôle est historique. Ils rêvent de redevenir civils, mais ils continuent, ne serait-ce que pour un espoir : celui de ramener les otages. Sans eux, pas de renouveau.