La Direction nationale de la cybersécurité tire la sonnette d’alarme : les deepfakes ne sont plus un gadget technologique, mais une arme massive entre les mains de criminels. Après l’ère des voix clonées, c’est désormais la vidéo en temps réel qui permet d’usurper des identités avec une précision déconcertante.
Selon un rapport de son unité d’identification biométrique, les escroqueries par imitation d’êtres humains — visage et voix — ont bondi de 118 % en 2024. Rien qu’en Israël, 250 cas ont été signalés ces douze derniers mois, touchant principalement des personnalités publiques et des décideurs.
Les logiciels nécessaires sont accessibles en quelques clics. Des imposteurs se font passer pour des PDG, avocats ou praticiens, et donnent des instructions financières ou confidentielles lors d’appels vidéo. L’affaire la plus marquante reste celle d’un cadre d’Arup à Hong Kong, trompé par de faux dirigeants générés par IA, qui a transféré 25 millions de dollars sur ordre… d’hologrammes numériques.
Le phénomène touche aussi les banques et les services en ligne. Des vidéos truquées imitant des mouvements naturels — clignements, rotations de tête, phrases à répéter — servent à ouvrir des comptes ou demander des prêts. Plus de 1 000 faux comptes ont déjà été recensés par des sociétés de vérification internationale, avec des pertes de dizaines de millions d’euros.
Mais le danger va au-delà de la fraude économique. Naama Ben-Tzvi, responsable de l’unité biométrique, prévient : « Même un appel avec un avocat, un psy ou un conseiller immobilier peut être une illusion. » Les services de sécurité évoquent des objectifs stratégiques : espionnage, vols de données, infiltration de réunions internes ou préparation de cyberattaques.