Ce soir à Paris, le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer, rencontrera le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad al-Shibani, ainsi que l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, pour discuter des arrangements de sécurité à la frontière entre Israël et la Syrie. La rencontre, sous médiation américaine, constitue le deuxième face-à-face en un mois, après 25 années de quasi-rupture entre les deux pays.
Le gouvernement américain, sous l’administration Trump, cherche à faciliter un accord permettant l’établissement d’un corridor humanitaire reliant Israël à la ville d’As-Suwayda, dans le sud de la Syrie. L’objectif est d’acheminer de l’aide à la communauté druze locale et d’éviter une escalade pouvant affecter les alliés américains dans la région.
As-Suwayda, bastion des Druzes en Syrie, est devenue un point chaud de tensions depuis l’instabilité post-régime Assad. En juillet, des affrontements entre Druzes et Bédouins ont causé la mort de centaines de personnes et le déplacement de dizaines de milliers d’habitants. La crise s’est aggravée après l’intervention militaire israélienne, comprenant des frappes ciblées contre des forces proches du gouvernement syrien, qui a également suscité des frictions diplomatiques avec Washington.
L’ONU a alerté à plusieurs reprises ces dernières semaines sur la détérioration de la situation et sur l’absence d’accès humanitaire, entravée par des checkpoints et l’insécurité, empêchant la livraison de secours vitaux à grande échelle.
Israël a sollicité l’aide américaine pour obtenir l’accord syrien sur la création d’un corridor humanitaire sur plusieurs dizaines de kilomètres, depuis la frontière jusqu’à As-Suwayda. Pour Jérusalem, cette démarche israélienne illustre un double objectif stratégique : protéger la minorité druze en Syrie, historiquement liée à la communauté druze d’Israël, tout en testant un dialogue indirect avec Damas après un quart de siècle de rupture. Du côté syrien, le gouvernement craint que des milices druzes locales n’utilisent ce passage pour transporter des armes.
La rencontre à Paris vise donc à trouver un compromis, permettant la mise en place du corridor tout en respectant les exigences sécuritaires des deux parties.
Le succès ou l’échec du corridor pourrait préfigurer la capacité d’Israël et de la Syrie à négocier d’autres arrangements locaux, avec un impact direct sur la stabilité du sud syrien et sur leurs relations bilatérales.