Israël

Aaron Haliva: "Le 7 octobre n'était pas un accident"

La chaine israélienne N12 a publié des enregistrements de l'ancien chef du renseignement militaire.

4 minutes
17 août 2025

ParGuitel Benishay

Aaron Haliva:  "Le 7 octobre n'était pas un accident"
Photo by Tomer Neuberg/Flash90

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L'ancien chef du renseignement militaire israélien Aaron Haliva, en poste le 7 octobre 2023, livre dans des enregistrements inédits une analyse sans concessions du fiasco du 7 octobre, remettant en question les versions officielles et pointant du doigt les défaillances systémiques qui ont mené à la tragédie.

"Ce n'était pas un accident, mais un effondrement systémique"

Dans ces enregistrements dont la publication a été approuvée par la censure, Haliva rejette catégoriquement la thèse de "l'accident" : "On dit que le 7 octobre était un accident. Nous sommes la meilleure armée du monde, le meilleur pays du monde. Je suis contre cette approche qui dit que c'était un accident : vous roulez en voiture, vous crevez un pneu, on amène une dépanneuse, on change les quatre roues et vous repartez. Ce qui nous est arrivé nécessite un démontage et un remontage complets."

Il dénonce une arrogance profondément ancrée : "L'un des problèmes majeurs du renseignement était qu'avant le 7 octobre, le renseignement disait 'je suis tout-puissant'. Ce n'est pas juste de la négligence et de l'arrogance, c'est plus profond que cela."

"Même si on m'avait réveillé cette nuit-là, j'aurais dit : tout va bien"

Sur la nuit cruciale du 6 au 7 octobre, Haliva admet une vérité glaçante : "Même si le chef d'état-major m'avait réveillé dans la nuit, je n'aurais rien dit d'autre que ce que préconisaient le commandant de division, le commandant de secteur et le Shin Bet. Quiconque dit autre chose est un menteur."

Il révèle que les premiers signaux d'alarme ont été déclenchés à 21h00 le vendredi soir, mais que personne ne l'a informé directement : "Le premier et dernier appel que je reçois dans la nuit, c'est à 3h20 de mon assistante." Il explique que la ''conception'' était si forte que toute réaction appropriée était impossible.

Le fiasco de la "Muraille de Jéricho"

Concernant le plan "Muraille de Jéricho" qui aurait prédit l'attaque, Haliva révèle son caractère superficiel : "Une année avant, je visite la division de Gaza après qu'ils me parlent du plan 'Muraille de Jéricho'. Ils me disent que c'est finalement un plan qui n'a rien d'exceptionnel". Il admet avoir négligé le suivi : "J'ai été négligent - dans le renseignement militaire, nous découvrons que beaucoup de choses tombent et ne passent pas entre les systèmes d'information."

"50000 morts à Gaza sont nécessaires pour les générations futures"

Dans un autre passage Haliva justifie la réponse militaire massive : "Le fait qu'il y ait déjà 50000 morts à Gaza est nécessaire et requis pour les générations futures. Pour chaque personne tuée le 7 octobre, 50 Palestiniens doivent mourir. Je ne parle pas par vengeance, je parle d'un message aux générations futures - ils ont parfois besoin d'une Nakba pour ressentir le prix."

"Le 7 octobre était un miracle"

Haliva considère que l'attaque du Hamas a révélé des failles plus profondes et était une sorte de ''miracle'' : "Beaucoup disent cela. Mon frère dit : 'Il faut changer chaque année la date de la fête de l'indépendance, de mai à octobre'." Il explique que l'événement a mis à jour l'effondrement organisationnel des services de sécurité.

Critique acerbe du leadership politique

Haliva critique sévèrement le Premier ministre Netanyahou et ses ministres. Il estime que le Premier ministre et les ministres du cabinet sont directement responsables de l'échec. Il dénonce une culture du « bibisme » (en référence au Premier ministre Benyamin Netanyahou) qui a cherché à faire porter l'entière responsabilité au renseignement militaire et sur lui personnellement.

Il s'indigne de la ''lâcheté'' selon lui de certains responsables qui refusent de démissionner, les accusant de ''ne pas être capables de se regarder dans un miroir''. Haliva affirme que pour qu'Israël puisse se reconstruire après un événement d'une telle ampleur, les responsables doivent quitter leurs postes.

Il critique l'inexpérience et le manque de sérieux de certains ministres, comme Itamar Ben-Gvir et Betsalel Smotrich, qui, selon lui, n'ont jamais pris la peine de se former aux questions de sécurité. Il accuse Smotrich d'avoir défendu l'idée que le Hamas était un atout stratégique car il permettait de diviser le peuple palestinien et d'éviter la création d'un État palestinien.

Haliva insiste sur le fait que la responsabilité ne peut être diluée. Il rejette toute tentative de se cacher derrière le manque d'informations ou une supposée malchance. Il estime que le fait que les attaques aient eu lieu sous son mandat est la preuve de son échec, et que cela est également vrai pour les dirigeants politiques.