Silence sur le plateau. Moteur… ça tourne. Le Hamas, dramaturge de la haine, a lancé le 6 août un appel à la mobilisation planétaire contre Israël et les États-Unis, invitant ses affidés à orchestrer, devant les ambassades israéliennes, américaines et celles des nations - accusées de soutenir « l’occupation sioniste et son agression » -, un triptyque de manifestations dans les capitales, sur les places, dans les artères du monde. L’annonce survient alors qu’un autre récit leur a échappé. Le 30 juillet, puis le 2 août, deux vidéos ont percé la chape d’images contrôlées : celles de Rom Braslavski, 21 ans, et d’Evyatar David, 24 ans, otages israéliens, squelettiques, hagards, le regard vidé par la faim. L’un sanglote, implorant que cesse l’oubli ; l’autre, contraint de creuser ce qu’il appelle sa « propre tombe », se dit « abandonné ». Diffusées par le Jihad islamique palestinien et le Hamas, ces séquences ont provoqué une onde de choc. Pas dans le sens qu’espérait le Hamas. Alors les terroristes relancent le théâtre de rue. Une erreur car « Pallywood », lorsqu’il s’exhibe en plein jour, cesse d’émouvoir : il dévoile la fabrique du mensonge.
« Pallywood » désigne une industrie de l’indignation manufacturée, dont l’unique fonction est de discréditer Israël en offrant à la presse occidentale ce qu’elle réclame : une victime photogénique, un bourreau identifiable, et un récit linéaire, inversé. Le terme, forgé comme une contraction triviale de « Palestinian Hollywood », a pris racine au début des années 2000, lorsqu’un enfant nommé Mohammed al-Durah fut présenté au monde comme un martyr de Tsahal. Le plan était parfait : flou, tremblant, dramatique. L’enfant aurait été abattu à Gaza par les forces israéliennes. La voix du commentateur français Charles Enderlin scella le verdict avant toute enquête. L’image tua la vérité, et le mythe prospéra. Les années passèrent, les preuves manquèrent, les contradictions s’accumulèrent. Mais qu’importe. Le nom de l’enfant fut sanctifié, transformé en stèle mémorielle, jusqu’à ce que le « Mohammed al‑Durrah Children’s Hospital », à Gaza, soit touché lors d’une frappe ciblée en avril 2025, après avoir été utilisé comme base logistique par le Hamas. La boucle était bouclée. On a tué une seconde fois Mohammed al-Durah, sans un mot sur les roquettes stockées à deux pas des couveuses, sans une image sur les tunnels creusés sous les fondations. Juste un hôpital à son nom. C’est un sketch, toute l’ironie d’une guerre médiatique : le symbole survit à la vérité. Le cas al-Durah n’est pas une anomalie. C’est un prototype. Il annonce Anas Zayed Fteiha et les autres, enfants appliqués d’un système qui a appris à marchandiser la douleur, à styliser la détresse, à rendre la guerre profitable en la cadrant bien. Le cliché, dans Pallywood, n’est jamais brut. Il est composé, épuré, mis en scène. Le chaos est propre. Le sang est nécessaire, mais seulement sur les habits d’un enfant ou le voile d’une mère. Et l’Occident pleure, s’émeut, signe des résolutions. Ce n’est pas le réel qu’on filme. C’est une liturgie moderne du sacrifice, où Israël joue le rôle de l’Azazel, bouc émissaire des fautes collectives, envoyé au désert médiatique chaque fois qu’un photographe capte un cri qu’il a lui-même provoqué.
Ainsi, ils se sont rassemblés, gamelles en main, le regard vide, en file indienne devant un camion à Gaza. Le photographe Anas Zayed Fteiha, star montante du photojournalisme palestinien, avait placé son objectif à hauteur d’homme, puis d’enfant, puis de douleur. Quelques mètres plus loin, d'autres caméras captaient une tout autre scène : les mêmes hommes adultes, bien portants, recevant leur part de nourriture avec méthode, presque sans tension. Deux récits pour une seule réalité. Et dans cette fracture, un abîme s’ouvre. L’affaire, révélée début août par le quotidien allemand Bild, lève un pan du rideau du système Pallywood. Non plus une théorie marginale, mais une infrastructure visuelle bien rodée, où le chaos est scénographié, la misère stylisée, et la mort chorégraphiée pour le téléviseur occidental.
Anas Zayed Fteiha n’est pas seul. Il est l’héritier appliqué d’un théâtre visuel dont les coulisses sentent la poudre et la rhétorique. La logique de Pallywood est simple : capter l’image qui pleure, transformer le conflit en drame humanitaire sans origine, sans contexte, sans Hamas. Le nourrisson, la mère, la ruine, la lumière dorée, le cadrage au millimètre. Et jamais une roquette, jamais un bunker dans une école, jamais un fusil dans un hôpital. Ce n’est pas la guerre qu’on filme, c’est une allégorie du mal, où Israël doit être l’ogre, et le peuple palestinien, le Petit Poucet sacrifié. Les photographes sont formés, sélectionnés, filtrés. Motaz Azaiza, Fady Hanona, Wael Dahdouh… tous omniprésents dans les grandes agences, tous mutiques sur les crimes du régime qui les emploie. Certains publient des « Fuck Israël » entre deux photos pour Time ou CNN. D’autres, comme Hanona, ont été recrutés comme agents de terrain par le Hamas, tout en livrant des images au New York Times. La presse occidentale absorbe tout, digère sans filtrer. Car au fond, l’Occident a besoin de la victime pour se sentir juste. Il se repaît de la souffrance comme autrefois de la flagellation, à la différence près qu’il la consomme sur iPhone. L’Occident ne pense plus en concepts, mais en images. Il a troqué l’analyse pour une compassion télévisuelle. Un « journal de 20h » entièrement consacré à un génocide et sa conviction est faite. Il de ne voit pas les malheurs autour de lui, mais consomme des pleurs à volonté sur la petite lucarne et son téléphone portable. Pallywood lui offre à. Un condensé de douleur prêt à l’emploi, à peu de frais, livré chaque jour dans les flux d’AP, d’Al Jazeera, ou du service public européen. Les morts sont utiles. Les vivants, eux, doivent pleurer bien, devant l’objectif. Il ne s’agit pas ici d’un complot. Il s’agit d’une structure de communication militante, calibrée pour modeler l’émotion globale, instrumentaliser la Shoah sans l’évoquer, et obtenir ce que la guerre ne permet pas : la reconnaissance diplomatique, symbolique, et morale de la Palestine, ce pays sans État, sans frontière, sans dirigeant élu, mais à qui l’on décerne la légitimité d’un drapeau aux Nations unies.