L'un des enquêteurs chargés de l'affaire Haim Rotter accusé d'agressions sexuelles a publié ce dimanche un message inhabituel sur les réseaux sociaux, brisant le protocole habituel de discrétion policière. Dans ce témoignage personnel, il décrit l'atmosphère pesante qui règne dans les salles d'interrogatoire et lance un appel pressant aux victimes et témoins.
"Après un shabbat si calme, j'ai l'esprit libre. Depuis des semaines, mes pensées sont plongées dans une profonde et douloureuse préoccupation", écrit-il. "C'est un sujet qui nous brise le cœur. Et nous retournons chaque pierre pour tenter de briser le mur du silence qui l'entoure."
Le policier décrit la peur palpable qu'il observe chez les témoins potentiels : "Je vois la peur dans les yeux des gens, la peur de parler, la peur de la vengeance." Il révèle également l'impact personnel de cette enquête sur son travail : "Mes nuits sont blanches, je travaille sans relâche, car je crois de tout mon cœur que la vérité et la justice doivent être atteintes."
Un scandale qui ébranle la communauté orthodoxe
L'affaire Haim Rotter secoue la communauté orthodoxe depuis l'arrestation la semaine dernière du président de l'organisation "Bnei Brak Watchmen", à son retour de Pologne. Figure centrale de la ville haredi, Rotter fait face à des accusations d'agressions sexuelles graves impliquant des femmes, des mineurs et des adultes.
Le tribunal de Tel-Aviv a prolongé sa détention après le dépôt de 11 nouvelles plaintes, dont quatre émanant de mineurs. Il est soupçonné d'actes indécents et d'exploitation d'une relation de domination qui aurait duré des décennies. L'enquête laisse entrevoir des dizaines d'autres cas potentiels.
L'affaire s'est également étendue à l'entourage du suspect : quatre de ses associés ont été arrêtés, soupçonnés d'avoir menacé des plaignants. Rotter fait également l'objet d'accusations d'entrave à la procédure et d'extorsion par menaces.
Des autorités religieuses prennent position
Face à cette crise, plusieurs figures religieuses ont pris des positions sans ambiguité, brisant l'omerta traditionnelle. Le rabbin Zvi Braverman, président du Av Beit Din de Betar Illit, a accordé une interview ouverte au magazine haredi "Mishpacha", critiquant frontalement la manière dont la société ultra-orthodoxe traite les cas d'agression sexuelle.