''Il s'agit d'une attaque sans filtre contre le système judiciaire'', a-t-elle affirmé, ''comme s'il s'agissait d'un ennemi sur lequel il fallait se précipiter pour le soumettre. C'est un programme destiné à écraser le système judiciaire. Il a pour but de frapper d'un coup mortel l'indépendance du pouvoir judiciaire et de le transformer en autorité silencieuse.
Cette année, l'Etat d'Israël fêtera ses 75 ans en tant qu'Etat juif et démocratique. C'est une étape importante dans la vie d'un Etat. Hélas, si la réforme présentée est appliquée, la 75e année de l'Etat sera celle où son caractère démocratique aura été piétiné.
Ces derniers jours, nous avons entendu comme argument central pour justifier ce projet qu'il correspond à la volonté de la majorité. ''Le pouvoir de la majorité'' est, en effet, un principe fondamental qui est à la base du régime démocratique - mais la démocratie n'est pas que le pouvoir de la majorité. Tout ceux qui soutiennent que la majorité qui a élu ses représentants leur a donné un chèque en blanc pour faire tout ce qu'ils veulent, n'est pas un démocrate''.
La juge Hayot a ensuite expliqué que le programme du gouvernement revenait à retirer aux juges les outils dont ils diposent pour protéger les individus et l'Etat de droit.
Elle a également rejeté l'argument selon lequel la Cour suprême avait invalidé de nombreuses lois votées par la Knesset. Elle a avancé le chiffre de 21 lois invalidées en 30 ans, ce qui est beaucoup moins que dans beaucoup d'autres démocraties occidentales, a-t-elle affirmé.
''Le pouvoir judiciaire en Israël émet une critique juridique effective et responsable sur les activités du gouvernement et de la Knesset, et ce faisant il remplit un rôle important dans le systèmes de freins et de contre-pouvoirs qui sont à la base de l'idée démocratique sur laquelle l'Etat d'Israël a été fondé. La responsabilité de la préservation de l'Etat de droit et des droits individuels en Israël ne repose pas uniquement sur le pouvoir judiciaire, les autres pouvoirs aussi doivent apporter leur contribution à cette mission nationale de la plus haute importance''.
Gali Baharav Miara, la conseillère juridique du gouvernement, s'est aussi exprimée ce soir contre la réforme: ''Les propositions de lois sont basées sur l'acceptation selon laquelle, le pouvoir de la majorité est le principe fondamental de la démocratie. Il s'agit, en effet, d'une condition indispensable pour l'existence de la démocratie mais pas suffisante. La séparation des pouvoirs, la préservation des droits individuels et le pouvoir d'empêcher l'exercice d'un pouvoir arbitraire sur les minortiés, sont des valeurs fondamentales. Sans elles, la démocratie n'est pas pleine et entière. Un pouvoir sans contrôle peut porter atteinte aux droits de l'homme et aux droits des minorités''.
Baharav Miara a indiqué que ses services allaient travailler à une réponse au projet de Yariv Levin: ''Il est bon que les dispositions constitutionnelles soient adoptées dans le cadre d'un processus ordonné et certainement pas à la hâte. Le visage de la démocratie israélienne n'est pas la préoccupation d'un gouvernement plus que d'un autre ou d'un public particulier. Les gouvernements se succèdent et la majorité d'aujourd'hui peut être la minorité de demain. Personne ne peut prédire l'avenir. Chacun d'entre nous pourra, un jour, avoir besoin de la protection de la loi. Nous présenterons au ministre de la Justice, au plus tôt, un avis professionnel au regard des propositions qui ont été portées à notre connaissance. Nous espérons que cette position sera prise en compte et aidera le gouvernement à prendre les bonnes décisions''.

Le monde judiciaire est en ébullition depuis l'annonce de la réforme de Yariv Levin. Aujourd'hui aussi, plusieurs anciens conseillers juridiques du gouvernement, dont Avihaï Mandelblitt ou Meny Mazouz, ont signé une lettre pour condamner les projets du gouvernement et alerter contre leur dangerosité.
Des manifestations d'avocats ont également eu lieu à Tel Aviv, Haïfa, Nazareth et Jérusalem.

