Ils s’appelaient Mathieu Alter, Charles Dluto, Motel Reznik, Philippe Dzialowski ou Guédalia Granilic. Ils ont été les premiers Juifs déportés de France. Ce sont leurs histoires, et quelques autres, que se propose de vous raconter Yad Vashem, dans une nouvelle exposition virtuelle en français, mise en ligne à l’occasion des 80 ans du premier convoi parti de France.

Mathieu Alter
Ils se voulaient avant tout français. Certains l’étaient, d’autres aspiraient à l’être. Parmi eux, des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui avaient porté l’uniforme de l’armée française, des décorés de la Croix de Guerre. « On ne risque rien », se disaient-ils. Et pourtant. Les rafles parisiennes d’août et décembre 1941 toucheront tous les Juifs, qu’ils soient nés en Pologne, en Russie, ou à Paris, qu’ils soient étrangers, français ou naturalisés. D’abord parqués à Drancy ou à Compiègne, ils seront plus d’un millier à monter dans le premier train de déportation parti de France. Le 27 mars 1942, le convoi 1 quitte Drancy. Première halte à Compiègne, puis direction Auschwitz. A son bord : 1 112 hommes juifs, âgés de 18 à 55 ans.

Beaucoup sont des pères de famille, qui laissent derrière eux femmes et enfants. Nombreux sont aussi ceux qui ont rejeté la pratique religieuse de leurs aînés pour célébrer la laïcité à la française. Qu’ils aient choisi la France pour fuir les difficultés économiques d’une Europe de l’Est peu hospitalière, ou foulé son sol dès leurs premiers pas, ils avaient confiance en elle, en son droit, en ses lois. Sans crainte, ils s’étaient fait recenser, fiers et rassurés d’être des « Juifs en règle ». Un respect des consignes qui leur coûtera la vie.
Aron Barczsz est arrêté à son domicile du XIe arrondissement. Tailleur de métier, il confectionne à la hâte un sac en tissu pour emporter avec lui quelques affaires. En guise d’adieu à son fils Jacques, 8 ans, un geste rapide, de loin, sur le trottoir. Personne ne peut alors imaginer l’issue de cette séparation. Charles Dluto est interpellé chez lui, le 20 août : il est seul avec son jeune garçon, Michel, âgé de moins de 2 ans. D’abord, interné à Drancy, il ne reverra jamais ni sa femme, ni son fils. Mathieu Alter est raflé à son domicile parisien, le 12 décembre 1941, à 6h du matin. Née en 1925, sa fille Ginette a pu raconter ses souvenirs d’enfance, l’arrestation de son père ou la fuite dans le Vercors avec sa mère.

Granilic
