Chaque année, j’écris à Ilan.
Aujourd’hui, je vais lui offrir du silence. Lui taire encore un peu que Traoré est, à ce jour, considéré irresponsable. Lui taire que viendront, sur sa tombe, se prosterner “des Gens autorisés” par leur seule Fonction. Et espérer que les stèles en sa mémoire ne seront pas cassées. Lui dire enfin que là où j’habite, un olivier porte son nom. Lui reposter ce papier de 2016: pas envie de lui raconter ces 3 dernières années. Ilan, Repose en Paix.
Ce qui allait devenir “L’Affaire Ilan Halimi”, cet assassinat antisémite
Qui peut oublier, dans une France sidérée, les commentaires désespérés qui répondaient à d’autres, haineux, sur les forum de la twittosphère, les déclarations dans les média de policiers incrédules, celles de juristes dont la prudence confinait à la complaisance, ces articles à la limite du supportable de journalistes insistant sur l’aspect crapuleux de « l’ affaire », une affaire qui, à les lire, relevait quasiment du droit commun. Qui a oublié les dénégations nauséeuses face auxquelles il fallut trop souvent se positionner, et qui encore a oublié combien il fut difficile pour certains d’admettre qu’il s’agissait bien d’un assassinat antisémite.
Le 11 février 2016, le Collectif Haverim initia une célébration lumineuse et tendre dans le parc qui porte le nom d’Ilan. Cet espace vert, situé au 54 rue de Fécamp dans le XIIème arrondissement de Paris, et dans lequel Ilan jouait lorsqu’il était enfant, fut inauguré le 2 mai 2011 et prit le nom de Jardin Ilan-Halimi.
Ilan veut dire arbre en hébreu
Ilan veut dire arbre en hébreu. Plusieurs centaines de personnes étaient là. Aucun discours mais des mots, des extraits de films, des chants qu’Ilan affectionnait particulièrement : C’est parce que nous souhaitions célébrer la vie alors qu’eux célèbrent la mort que nous avons décidé de rendre cet hommage positif , expliqua Laurent Pariente, Président de l’Association, avant de laisser la place à Stéphane Guillon sur une scène ornée des drapeaux français et israéliens. « Hier encore j’avais 20 ans… », déclama l’humoriste, lisant les paroles de la chanson de Charles Aznavour, l’une des préférées d’Ilan.
Emilie Frêche, auteur du livre « 24 jours » qui inspira le film d’Alexandre Arcady, lui succéda avec un texte poignant, évoquant ce jeune homme souriant et généreux dont nous avons tous vu le beau visage dans les journaux.
Après un savoureux dialogue entre Patrick Braoudé et Ariel Wizman, tiré de la pièce de Jean-Claude Grumberg, Laura Mayne, du groupe Native, reprit le tube « Si la vie demande ça », qu’Ilan écoutait en 1993. Enfin, un extrait du film « la Vie est belle » résonna dans le petit square où un olivier fut planté symboliquement par quatre enfants.
Dans la foule nombreuse, le grand rabbin Haïm Korsia, la Maire Anne Hidalgo, de nombreux élus, mais aussi les deux sœurs d’Ilan, Yaël et Anne-Laure, qui ont guidé les organisateurs de cet hommage.
Ce rassemblement citoyen devait être complété par la soirée de réflexion contre l’antisémitisme, menée par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme, à la mairie du 11e.
Réalisé par Ben Izaak, « L’assassinat d’Ilan Halimi »
Ce même soir, ce jeudi 11 février, un reportage sur Ilan Halimi était diffusé sur France 3 : un retour sur l’échec de la police et de toute la société française, un retour sur cette plaie à jamais à vif.
Réalisé par Ben Izaak, « L’assassinat d’Ilan Halimi » s’ouvre sur le Concerto pour piano n°23 de Mozart, une symphonie sombre, au rythme lent, à l’image du film qui suit. Séquençant en chapitres son travail construit autour de témoignages des différents acteurs du dossier – le procureur Philippe Bilger, l’élu socialiste Julien Dray, la journaliste Patricia Tourancheau, la maire de Bagneux, les enquêteurs de la BRI, la psychologue qui a mené les négociations avec Fofana, ou encore la sœur d’Ilan Halimi -, le réalisateur fait le choix d’autopsier ce drame devenu symbole de la violence antisémite.
On l’a douché, puis on l’a tondu, puis on l’a tué, puis on l’a brûlé: Le processus de la mort d’Halimi est un processus bouleversant .
Maître Francis Szpiner lance le film, en répondant à la question posée de façon sous-jacente : D’abord on l’a douché, parce que l’on ne voulait pas qu’il y ait de traces d’ADN, puis on l’a tondu, puis on l’a tué. Après l’avoir tué, on l’a brûlé. Le processus de la mort d’Ilan Halimi ne peut que renvoyer à la mémoire juive qui est celle de l’exécution des juifs. Le processus de la mort d’Halimi est un processus bouleversant .
Pour l’avocat de la famille Halimi, qui a fait d’Ilan Halimi la personnification de la manifestation antisémite en France, la réponse tombe sous le sens, mais pour la conseillère d’un des prévenus, Maître Françoise Cotta, « Cette posture requiert prudence. »
Ce face à face résume d’emblée l’enjeu du documentaire : mettre en lumière un déni, celui de la police et de la justice, qui tardèrent tant à prendre en compte la piste antisémite dans l’enlèvement du jeune homme, ce 21 janvier 2006.
Mario Menara, commandant à la Brigade criminelle de Paris, reconnaît qu’Ilan Halimi est la première personne enlevée qu’on n’a pas retrouvée vivante. C’est un échec qui a marqué beaucoup de collègues , même si près de 400 policiers furent mobilisés pour cette enquête. Jean-Jacques Herlem, Directeur adjoint de la Police Judiciaire de Paris, l’admet également: tous les gens de cette maison ont fait ce qu’ils pouvaient. […] On peut mettre toute son énergie, toute son expérience et puis ne pas aboutir.

