Pourquoi la figure du déporté est centrale au XXème siècle ?
Philippe Collin : Elle est centrale parce qu’elle est au cœur du projet nazi ; les nazis représentent une rupture dans la civilisation, l’incarnation de la négation de la dignité humaine. Ils ont désigné leurs ennemis à anéantir : résistants, Tziganes, homosexuels et Juifs, et tous sont déportés. La notion de déporté est complexe à expliquer en tant que groupe social, ce qui les unit tous, c’est la négation de la dignité humaine et, spécifiquement pour les Juifs, « Untermenschen » qui, pour la plupart sont exterminés avant de rentrer dans les camps. Les nazis ont porté un projet mortifère qui a cassé le siècle en deux et les déportés sont centraux dans ce projet.
Pourquoi avez-vous choisi de suivre l’itinéraire de ces 3 déportés aux origines si différentes, un résistant gaulliste, une résistante communiste et une jeune Juive alsacienne ?
P.C. : On les a choisis ainsi car la figure du déporté est hétérogéne : résistants, droits-communs, politiques, « raciaux ». Il nous fallait trouver 3 personnages caractéristiques qui résument ces groupes sociaux différents. (Edmond Michelet est une figure de la résistance gaulliste, qui deviendra ministre, Gisèle Guillemot est une jeune communiste et Denise Kahn, une jeune Juive alsacienne. Ils ont tous trois des origines sociales et des parcours de vie différents, ce qui permet une photographie complète des déportés. (enfin, nous souhaitions 3 survivants qui avaient témoigné, j la radio notamment, afin de travailler sur des archives sonores et de suivre leur vie après la guerre.
Lors de la libération d’Auschwitz le 27 janvier 1945 par les Soviétiques, comment expliquez-vous le fait que personne, à l’exception notable de Vassili Grossman, ne comprenne l’extermination ?
P.C. : À l’époque, personne ne peut comprendre cette réalité car elle n’est pas dévoilée au grand jour. Elle apparaît tellement hors des cadres de pensée qu’elle est invisible. Grossman comprend vite que les restes humains viennent des Juifs exterminés. Les états-majors, les journalistes savaient pour l’extermination des Juifs, mais n’avaient pas imaginé l’ampleur de la situation, ni sa dimension industrielle. En janvier 1945, les Soviétiques découvrent un camp de prisonniers de 7000 personnes, des baraquements, les chambres à gaz ont été dynamitées ainsi que la rampe de Birkenau. Il faudra du temps pour que ce que l’on sait actuellement, soit connu et documenté.
En quoi le général Eisenhower a-t-il contribué à faire connaître au monde l’enfer concentrationnaire ?